‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 177 sur 311 · CARACTÈRE DE M"* DE NEMOURS · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE M"* DE NEMOURS

sans avoir pris aucuns ordres, quitta ses bénéfices en 1652, à la mort de son frère, et quatre ou cinq ans après épousa M"* de Nemours dont il s'agit ici, qu'il laissa veuve sans enfants deux ans après, à laquelle il faut maintenant revenir. 11 faut seulement remarquer auparavant que son père, mort en 1663, avoit laissé deux fils de son second mariage avec la sœur de Monsieur le Prince et de M. le prince de Gonti : Taîné, à qui la tête tourna de bonne heure, qu'on envoya à Rome chez les jésuites, où il prit le petit collet en 1666, à vingt ans, ayant renoncé à tout en faveur de son frère, et fut fait prêtre par le Pape même en 1669; c'est sur cette tutelle que Monsieur le Prince père et fils eurent tant de disputes et de procédés avec M"* de Nemours, qui la. perdit contre eux; le cadet, qui portoit le nom de comte de Saint-Paul, fut tué au passage du Rhin, sans alliance, allant être élu roi de Pologne, en 1672 : Michel Wiesnowieski le fut en sa place, sur la nouvelle de sa mort. Son frère, revenu en France, passa le reste de ses jours honnêtement enfermé dans l'abbaye de Saint-Georges, près de Rouen, où il est mort le dernier de cette longue et illustrée bâtardise, en

M°" de Nemours, avec une figure fort singulière, une façon de se mettre en tourière qui ne l'étoit pas moins, de gros yeux qui ne voyoient goutte, et un tic qui lui faisoit toujours aller une épaule, avec des cheveux blancs qui lui train oient partout, avoit l'air du monde le plus imposant. Aussi étoit-elle altière au dernier point, et avoit infiniment d'esprit, avec une langue éloquente et animée à qui elle ne refusoit rien. Elle avoit la moitié de Thôtel de Soissons, et M"* de Garignan l'autre, avec qui elle avoit souvent des démêlés, quoique sœur de sa mère et princesse du sang. Elle joignoit à la haine maternelle de la branche de Gondé celle qu'inspirent souvent les secondes femmes aux enfants du premier lit. Elle ne pardonnoit point à M"' de LongueviUe les mauvais traitements qu'elle prétendoit en avoir reçus, et moins encore aux deux

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princes dfe Condé de lui avoir emblé* la tutelle et le bien de son frère, et au. prince de Gonti d'en avoir gagné contreelle la succession, et le testament fait en sa faveur. Ses propos les plus fonts, les plus salés, et souvent très-plaisants, ne taiissoient point sur ces chapitres, où elle ne ménageoit point du tout la qualité de princes du sang. Elle n'aimoît pas mieux ses héritiers naturels, les Gondi et les Mati^nons. Elle vivoit pourtant honnêtement avec la duchesse douairière de Lesdiguières et avec le maréchal et la maréchale de Villeroy, mais pour les Matignons,. elle n'en, vouloit pas ouïr parler..

Les deux sceurs de son> père avoient épousé, Taînée le fils aîné du maréchal-duc de Retz, la cadette le fils puiné du maréchal^ de Matignon; Gette aînée perdit son mari avant soa- b(îau-père, et est devenue célèbre, sous le nom de marquise de Beile-Isle, par quantité de bonnes œuvres,, s'être faite feuillantine,, avoir obstinément refusé l'abbaye de Fonte vrauk,. enfin pour avoir conçu et enfanté le nouvel ordi'e- du Galvaire, dans lequel elle mourut à. Poitiers, em 162^^ Le duc de Retz,, son fils unique, ne laissa, que deux filles : l'aînée épousa Pierre Gondi, cousin germain de son pèise, qui, en faveur de ce mariage, eut de nouvelles lettres de duc et pair de Retz et le rang de leur date. Il étoit fils da célèbre Père de l'Oratoire qui avoit été chevalier de l'ordre et général, des galères, et il étoit frère du fameux coadjuteur de Paris ou cardinal de Retz^ Il ne laissa qu'une fille, mariée au duc de Lesdiguières,. qui n'eut .qu'un fils, gendre du maréchal-duc de Duras,, que nous avons vu mourir fort jeune sans enfants.. L'autre fille épousa le duc de Brissac, dont il n'eut que mon. beau-frère, mort sans enfants, et la maréchale de Villeroy.. L'autre tante- de M. de Longueville, père de M"* de Nemours, épousa par amour le second fils du maréchal de Matignon, dont l'aîné n'avoit point d'enfants,, deux frères de grand mérite,, en grands emplois, et tous-

1.. Voyez tome I,.p. 46 et note 1, et tome II,.p..245 et note 1. ;

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deux chevaliers de Tordre. Cette Longueville fut mère du père du comte et du dernier maréchal de Matignon, vivants à la mort de M"* de Nemours et bien longtemps depuis, et qui étoient ses héritiers, ainsi que la maréchale de Villeroy. La marquise de Belle-Isle avoit été mariée par sa famille et en sa présence ; sa sœur s'étoit mariée à son gré à leur insu, et toute la maison de Longueville ne put se résoudre à leur pardonner et à les voir qu'après un grand nombre d'années, et jamais depuis aucun des LongueviUes n'a aimé les Matignons.

M"* de Nemours étoit là-dessus si entière, que parlant au Roi dans une fenêtre de son cabinet, avec ses yeux qui ne voyoient guère, elle ne laissa pas d'apercevoir Matignon, qui passoit dans la cour. Aussitôt eue se mit à cracher cinq ou six fois tout de suite, puis dit au Roi qu'elle lui en demandoit pardon, mais qu'elle ne pouvoit voir un Matignon sans cracher de la sorte. Elle étoit extraordinairement riche, et vivoit dans une grande splendeur et avec beaucoup de dignité; mais ses procès lui avoient tellement aigri l'esprit qu'elle ne pouvoit pardonner : elle ne finissoit point là-dessus; et quand quellquefois on lui demandoit si elle disoît le Pater, elle répondoit qu'oui, mais qu*elle y passoit l'article du pardon des ennemis sans le dire. On peut juger que la dévotion ne l'incommodoit pas; eUe faisoit elle-même le conte qu'étant entrée dans un confessionnal sans être suivie dans l'église, sa mine n'avoit pas imposé au confesseur, ni son accoutrement : elle parla de ses grands biens, et beaucoup des princes de Condé et de Conti ; le confesseur lui dit de passer cela ; elle, qui sentoit son cas grave, insista pour l'expliquer, et fit mention de grandes terres et de millions ; le bonhomme la crut folle, et lui dit de se calmer, que c'étoit des idées qu'il faUoit éloigner, qu'il lui conseiUoit de n'y plus penser, et surtout de manger de bons potages si elle en avoit le moyen : la colère lui prit, et le confesseur à fermer le volet; elle se leva et prit le chemin de la porte. Le confesseur, la voyant aller, eut curiosité de ce qu'elle

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