‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 178 sur 311 · PRÉTENDANTS À NEUCHÂTEL · texte numérisé non relu

PRÉTENDANTS À NEUCHÂTEL

devenoit, et la suivit à la porte ; quand il vit cette bonne femme qu'il croyoit folle reçue par des écuyers, des demoiselles et ce grand équipage avec lequel elle marchoit toujours, il pensa tomber à la renverse, puis courut à sa portière lui demander pardon; elle, à son tour, se moqua de lui, et gagna pour ce jour de ne point aller à confesse. Quelques semaines avant sa mort, elle fut si mal qu'on la pressa de penser à elle ; enfin elle prit sa résolution : eUe envoya son confesseur avec un de ses gentilshommes à Monsieur le Prince, à M. le prince de Gonti et à MM. de Matignon, leur demander pardon de sa part. Tous allèrent la voir, et en furent bien reçus ; mais ce fut tout : pas un n'en eut rien. Elle avoit quatre-vingt-six ans, et acheva de donner ce qu'elle put aux deux filles de ce bâtard, qu'elle avoit fait son héritier, dont l'une mourut jeune sans être mariée ; l'autre épousa le duc de Luynes, comme je l'ai déjà dit. Cette mort mit promptement bien des gens en campagne : le duc de Yilleroy et Matignon partirent aussitôt pour Neuchâtel, et M. le prince de Gonti pour Pontarlier, parce que le Roi ne voulut pas qu'ils se commît, comme en son premier voyage, au manque de respect qu'il avoit éprouvé à Neuchâtel. De Pontarlier, il étoit à portée d'y donner ses ordres pour ses affaires, et d'en savoir des nouvelles à tous moments. Il y envoya Saintrailles, que Monsieur le Duc lui prêta, et qui étoit un homme d'esprit, sage et capable, mais qui, pour avoir été gâté par la bonne compagnie et par ces princes, étoit devenu trèssuffisant et passablement impertinent ; d'ailleurs un trèssimple gentilhomme, et rien moins que Poton, dont étoit le fameux Saintrailles, dont les actions ont rendu ce nom célèbre dans nos histoires. La vieille MaiUy, belle-mère de la dame d'atour de M'"' la duchesse de Bourgogne, s'étoit mise sur les rangs pour la succession à la principauté d'Orange, sur une alliance tirée par les cheveux de la maison de Ghâlons, moins dans l'espérance d'un droit aussi chimérique, que pour faire valoir le marquis de Nesle, son petit-fils, par des prétentions si hautes. La

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