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Page 12 de notre tome IV

284 PRÉTENDANTS i NEUCHÂTEL. [1707]

du Roi. Restoit le prince de Gonti, qu'il n'aimoit point, et à qui il n'avoit jamais pu pardonner sincèrement son voyage de Hongrie, et peut-être encore moins son mérite et sa réputation. Chamillart, dans le fort de sa faveur, n'eut donc pas de peine d'obtenir du Roi de se déclarer neutre. Ce ministre, sûr de ce côté-là à l'égard d'un prince du sang, ne balança pas à se déclarer ouvertement pour Matignon. Il le combla d'argent et de tout ce que son crédit lui put donner. Puysieux, ambassadeur en Suisse, étoit frère de Sillery, écuyer depuis longues années du prince de Gonti , auquel ils étoient tous extrêmement attachés. Quelque désir qu'il eût de le servir dans cette affaire, la neutralité déclarée du Roi lui en ôta tous les moyens par son caractère, et l'autorité et la vigilance de Ghamillart tous ceux qui lui pouvoient rester comme particulier qui s'étoit fait des amis dans le pays. La veuve de ce bâtard du dernier comte de Soissons y étoit comme les autres, et,^ fondée par la donation de M"* de Nemours, elle et son mari avoient dès- leur mariage pris le nom de prince et de princesse de Neuchâtel. Lors de l'arrêt du parlement de Paris qui jugea le testament de M. de Longueville bon au profit du prince de Gonti, et qu'il alla à Neuchâtel en conséquence, et les autres héritiers pour le lui disputer, il avoit essuyé un préjugé fâcheux. M"* de Nemours, qui y étoit aussi allée, y fut reçue et reconnue comme souveraine, comme sœur du dernier possesseur, qui n'avoit pu disposer de Neuchâtel comme de ses autres biens. Le prince de Gonti en essuya une récidive confirmative de ce premier préjugé. Geux de Neuchâtel s'indignèrent contre la veuve de ce bâtard, contre la donation de Neuchâtel faite à son mari et à leurs enfants, contre le nom qu'elle en osoit usurper. Ils la chassèrent comme n'ayant aucun droit, et la firent honteusement sortir de leur ville et de tout leur petit État. G'étoit bien déclarer à M. le prince de Gonti le peu d'état qu'ils faisoient d'un droit sur eux, à titre de donation, égal pour M"' de Neuchâtel et pour lui.

[1707] PRÉTENDANTS À NEUGHÂTEL. 285

.Ces fiers bourgeois, pendant ces disputes, yoyoient les prétendants briguer à leurs pieds leurs suffrages, lorsqu'il parut au milieu d'eux un ministre de l'électeur de Brandebourg, qui commença par oser disputer le rang au prince de Conti. Cette impudence est remarquable, à ce même prince de Conti, à qui, volontaire en Hongrie, à lui et à Monsieur son frère, rélecteur de Bavière, non par un ministre, mais en propre personne et à la tète de ses troupes auxiliaires dans Tarmée de l'Empereur , ne Tavoit pas disputé, avoit vécu également et sans façons, et avoit presque toujours marqué attention à passer partout après eux, et à qui le fameux duc de Lorraine, beaufrère de l'Empereur, généralissime de ses armées et de celles de l'Empire, et qui commandoit celle-là en chef, leur a toujours cédé partout sans milieu et sans balancer; et voilà le premier fruit du changement de cérémonial de nos ducs et de nos généraux d'armée avec le même électeur de Bavière, par méprise d'abord, puis suivie, que j'ai raconté en son lieu. D'alléguer que l'électeur de Brandebourg, qui comme tel passoit sans difficulté après l'électeur de Bavière, étoit reconnu roi de Prusse partout, excepté en France, en Espagne, et à Rome, de laquelle comme protestant il ne se soucioit point, ç'auroit pu être une raison valable pour sa personne ; mais pour son ministre on n'a jamais vu de nonce, à qui tous les ambassadeurs des rois, même protestants, et celui de l'Empereur cèdent partout sans difficulté, disputer rien en lieu tiers à un prince du sang, ni l'ambassadeur de l'Empereur non plus, qui a la préséance partout sur ceux de tous les rois, dont aucun ne la lui conteste. L'électeur de Brandebourg tiroit sa prétention de la maison de Châlons : elle étoit encore plus éloignée, plus enchevêtrée s'il étoit possible, que celle de M"* de Mailly; aussi ne s'en avantagea-t-il que comme d'un prétexte. Je l'ai déjà dit, ces sortes de procès ne se décident ni par droit ni par justice.

Ses raisons étoient sa religion, conforme à celle du

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