‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 179 sur 311 · DROITS DES PRÉTENDANTS · texte numérisé non relu

DROITS DES PRÉTENDANTS

même raison la fit se présenter avec aussi peu de fondement pour Neuchâtel; elle se flattoit qu'avec la protection de M"* de Maintenon, elle en pourroit tirer d'autres partis plus solides : M"* de Maintenon n'y prit pas la moindre part, et on se moqua à Paris comme en Suisse de ses chimères. Celle de M. le prince de Conti étoit fondée sur le testament du dernier duc de Longueville, mort enfermé, qui Favoit appelé à tous ses biens après le comte de Saint-Paul, son frère, et sa postérité. 11 avoit gagné ce procès contre M"* de Nemours. Restoit à voir si une souveraineté se pouvoit donner comme d'autres biens, et si Messieurs de NeUfchâtel déféreroient à un arrêt du parlement de Paris. Outre qu'ils n'étoient pas soumis à aucune jurisdiction du royaume, les héritiers prétendoient que Neuchâtel, par la qualité souveraine, ou plutôt indépendante, de ce petit État, ne pouvoit se donner ni être ôté aux héritiers du sang, et cela est vrai en France des duchés. Restoit donc à voir à qui il devoit appartenir, de Matignon ou de la duchesse douairière de Lesdiguières, pour laquelle le duc de Villeroy étoit allé, comme son héritier par sa mère.

Matignon se prétendoit préférable par la proximité du sang, parce qu'il avoit un degré sur la duchesse, et celleci par l'aînesse. Son droit contre Matignon ne paroissoit pas douteux : les fiefs de dignité et tous les grands fiefs ont toujours suivi l'aînesse ; la loi et la pratique s'y sont toujours accordées ; à plus forte raison un fief indépendant, étendu, et considéré comme souverain. Mais de pareils procès ne se décident guère par les règles, et Matignon avoit beau jeu : Chamillart, comme je l'ai remarqué p. 412*, étoit son ami intime, et il étoit devenu ennemi déclaré du maréchal de Villeroy, à l'occasion de la bataille de Ramillies, comme je l'ai raconté en son lieu. Par cette même occasion, comme on l'a vu là même, ce maréchal étoit tombé dans l'entière disgrâce

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