‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 207 sur 311 · CONSPIRATION DÉCOUVERTE À GENÈVE · texte numérisé non relu

CONSPIRATION DÉCOUVERTE À GENÈVE

On découvrit en septembre une conspiration dans Genève, que Monsieur de Savoie y avoit tramée pour s'en rendre le maître : plusieurs magistrats de cette petite république y trempèrent; beaucoup furent exécutés; il y en eut d'assez ennemis de leur patrie pour encourager les conjurés de dessus Féchafaud, et leur crier* de ne rien craindre, qu'ils n'avoient rien avoué ni nommé personne, et qu'ils poussassent hardiment leur pointe. Ce n'étoit pas la première tentative que ce prince eût faite pour s'emparer de Genève, imitateur en cela de ses pères, qui en ont toujours considéré l'acquisition commp une des plus importantes qu'ils pussent faire.

J'allai cet été à Forges, qui est la saison de ces eaux, pour essayer de m'y défaire d'une fièvre tierce que le quinquina ne faisoit que suspendre. Je dirai, pour une curiosité de médecine, que M"* de Pontchartrain y étoit aussi pour une perte continuelle de sang, puis d'eau, qui duroit depuis longtemps malgré tous les remèdes. Fagon, à bout, voulut tenter un essai jusqu'alors sans exemple : ce fut de la faire baigner dans l'eau de la fontaine la plus forte et la plus vitriolée des trois qui y sont, dont on boit le moins, et qui, du cardinal de Richelieu, qui en a pris, a retenu le nom de cardinale. Jamais personne ne s'étoit baigné dans l'eau d'aucune, et M"' de Pontchartrain n'y trouva rien moins que du soulagement. Ce fut là que j'appris une nouvelle entreprise des princes du sang, qui dans l'impuissance et le discrédit où le Roi les tenoit, profitoient sans mesure de son désir de la grandeur de ses bâtards, qu'il leur avoit assimilés, pour s'acquérir de nouveaux avantages, qui leur étoient soufferts pour les partager avec eux. La supériorité et les différences de rang, si marquées au-dessus d'eux des petits-fils de France, leur étoit toujours fâcheux à supporter. Une de ces distinctions se trouvoit aux communions du Roi.

On poussoit, après l'élévation de la messe, un ployant

i. Au manuBcrit : et à leur crier.

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