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VICTOIRE DE HEDAVID EN ITALIE

à bien des gens : de là on peut juger à qui on avoit affaire, et en grande partie de ce qu'étoit M"* de Maintenon.

Le 9 septembre, c'est-à-dire le surlendemain de la bataille de -Turin, Medavid marcha avec neuf mille hommes au secours de Castiglione délie Stivere, que le prince héréditaire d'Hesse-Cassel assiégeoit avec douze mille hommes, lequel a depuis été roi de Suède. Il laissa huit cents hommes dans la ville, qu'il avoit prise, leva ses quartiers de devant le château, et vint au-devant de Medavid dans une belle plaine, qui de son côté marcha aussi 'à lui. Notre cavalerie, débordée par celle des ennemis, fut d'abord un peu en désordre ; il fut augmenté par la fuite que prirent quatre régiments d'infanterie de Milanois et de Napolitains : Sebret, qui commandoît une brigade en seconde ligne, alla les remplacer sans attendre d'ordre. Medavid fit mettre l'épée à la main à toute son infanterie; elle essuya toute la décharge de l'infanterie ennemie, la chargea ensuite, et la défit entièrement. La cavalerie ennemie, voyant l'infanterie défaite, s'enfuit. On leur tua deux mille hommes, on leur en prit quinze cents, tout leur canon, et beaucoup d'étendards et de drapeaux. Medavid y perdit aussi du monde, le chevalier de Verac, Grammont de Franche-Comté, Renepont, du Cheilar, tous quatre mestres de camp, et d'Hérouville, colonel d'infanterie, blessé à mort. Outre ces prisonniers, on eut les huit cents hommes laissés dans la ville. Medavid fit passer le Mincio au prince de Hesse*, et le poursuivit jusqu'à l'Adige ; il lui tua encore du monde, prit des traîneurs dans cette poursuite, et reprit Goïto. Ce fut un étrange contraste avec Turin, et un grand renouvellement de douleur sur la retraite en France au lieu de l'avoir faite en Italie. Medavid en fut fait sur-le-champ chevalier de Tordre ; Saint-Pater et Dilon, ses deux maréchaux de camp, lieutenants généraux; Grancey, son frère, qui avoit apporté la nouvelle, ma-

i» Ailleurs, et à plusieurs reprises, Saint-Simon a écrit tTHiste : voyei entre autres vingt et une lignes plus haut.

[1706] AÉGOUPENSES. 39

réchal de camp; et Sebret, qui apporta le détail, brigadier.

Sur ce succès, Vaudemont rassembla ce qu'il àvoit de troupes, manda à Medavid de le venir joindre avec les siennes, fit mine de vouloir défendre le Tésin, s'en fit fête par un courrier, et manda que c'étoit pour conserver la ville de Milan, qui prétend avoir droit de se rendre sans blâme à quiconque a passé cette rivière. Vaudemont ajou* toit qu'il avoit voulu envoyer Colmenero rendre compte de toutes choses, mais qu'il s'étoit trouvé mal sur le point de partir. Colmenero n'avoit garde de venir; il avoit été gouverneur du château de Milan, l'étoit d'Alexandrie alors, et ami intime de Vaudemont. Vendôme Tavoit fort vanté au Roi; c'étoit un bon oifiicier, mais dont l'âme étoit de la trempe de celle de Vaudemont, et qui le montra biçn dans la suite. Toutes ces farifaronnades de Vaudemont ne servirent qu'à amuser le Roi, qui ne se lassa jamais d'en être la dupe.

Le prince Eugène entré dans Turin, et Monsieur de Savoie au comble de sa joie la plus inespérée de se revoir dans Turin, ne s'amusèrent point aux réjouissances : ils ne pensèrent qu'à profiter d'un succès inouï. Ils reprirent rapidement toutes les places du Piémont et toutes celles de Lombardie que nous occupions; le <;hâteau de Casai fut leur dernière conquête, Vaudemont ei Medavid, retirés dans Mantoue, ne purent empêcher ces fruits de la bataille de Turin et de la retraite de l'armée en France. Elle étoit pourtant encore de quatre-vingt-quinze bataillons, en bon état, ceux qui venoient de Lombardie, mais ceux du siège fort délabrés; sax régiments de dragons, .mais à pied ; et à l'égard de la cavalerâe, quatre à oimq mille chevaux.

Jamais bataille ne coûta moins de soldats que celle de Turin, jamais de retraite plus tranquille de la part des ennemis ni laissée plus à choix, jamais suites plus affreuses ni plus rapides. Ramillies, avec une perte légère, coûta les Pays-Bas espagnols et partie de «ceux du

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