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Que les Villeroy avaient acheté

[1707] BrORT DU CARDINAL LE CAMUS. 341

indigne, et eut grand'peine à Taccepter : il s*y confina, et s'y donna tout entier au gouvernement de son diocèse, sans quitter ce qu'il put retenir de sa pénitence. Il s'étoit condamne aux légumes pour le reste de sa vie; il les continua, et mangeoit chez lui en réfectoire avec tous ses domestiques, sa livrée môme, et la lecture s'y faisoit pendant tout le repas.

Innocent XI, qui aimoit la vertu, fut touché de la sienne, et le fit de son propre mouvement cardinal dans la promotion de septembre 1686, de vingt-sept cardinaux, qui fut sa dernière, et qui fut aussi pour les couronnes et les nonces. Le courrier qui apporta la nouvelle et les calottes au célèbre évêque de Strasbourg • Furstemberg, nommé par le Roi, et à Ranuzzi, nonce en France, passa par Grenoble pour le Camus. Sa joie fut telle qu'il en oublia son devoir : il se niit la calotte rouge sur la tète, que le courrier lui présenta, puis écrivit au Roi une lettre fort respectueuse, au lieu d'envoyer sa calotte au Roi par ce même courrier, de lui mander qu'étant son sujet il ne vouloit rien tenir que de sa main, et qu'il attendoit ses ordres sur la conduite qu'il lui plairoit de lui prescrire. S'il en eût usé ainsi, il n*est pas douteux que le Roi lui auroit mandé de la^venir recevoir de sa main, ou la lui auroit renvoyée avec la permission de la porter et d'accepter; mais piqué de ce qu'il l'avoit prise de lui-même, et d'un pape avec qui il étoit brouillé, il fut sur le point de lui défendre de la porter et d'accepter, et de se porter aux extrémités s'il n'obéissoit pas. Néanmoins, réflexions faites * sur les suites de cet engagement, il se contenta pour toute réponse de lui défendre de sortir de son diocèse. II n'est rien que le cardinal n'ait fait alors et depuis pour se raccommoder, et pour qu'il lui fût permis de venir montrer sa calotte à Paris et à la cour; mais le Roi tint ferme jusqu'à sa mort : il ne lui permit pas même d'aller à Rome pour le conclave qui suivit la mort d'Innocent XI;

1. Le manuscrit porte r^^^xiM &\x singulier et faite* au plurieL

342 MORT DU COMTE D^EGifONT. [1707]

il obtint d'aller aux deux suivants, mais à condition de ne s'arrêter nulle part, et de revenir sitôt que le Pape seroît élu et couronné. Il ne laissa pas de s'y conduire extrêmement bien, et tout à fait à la satisfaction des cardinaux francois.

On a vu, à Toccasion du passage des princes à Grenoble, à quel point il fut toute sa vie enivré de sa dignité. Elle lui attira des remontrances sur sa santé et sur ses légumes : « Oh! mes chères légumes*, s'écria-t-il, je vous ai trop d'obligation pour vous abandonner jamais. » En effet, il leur fut fidèle jusqu'au bout, et à son réfectoire, où il faisoit servir à ses domestiques de la viande et des nourritures ordinaires. H fut jusqu'à la mort bourrelé de sa disgrâce, et toujours d'excellente compagnie. Il vouloit savoir toutes les petites intrigues de sa ville : il en parloit fort plaisamment : il embarrassoit souvent les intéressés. On lui reprochoit sa langue : il avouoit qu'elle étoit plus lorte que lui; et en effet, il lui refusoit peu de choses. Quoique il n'eût presque de bénéfices que son évêché, qui n'est pas gros, et cent mille écus de patrimoine, quoique il donnât beaucoup aux pauvres et qu'il eût fait de bons établissements à ses dépens, l'énormité de son testament surprit et scandalisa à sa mort : il donna fort gros en bonnes œuvres, et laissa plus de cinq cent mille livres à sa famille. Il étoit frère du premier président de la cour des aides de Paris et du lieutenant civil de la même ville.

Le comte d'Egmon! mourut à Fraga, en Catalogne, ce mois de septembre 1707, à trente-huit ans, sans enfants de la nièce de l'archevêque d'Aix, Cosnac, élevée chez la duchesse de Bracciano, à Paris, comme sa nièce, depuis princesse des Ursins, desquels j'ai tant parlé. Il fut le dernier de ces fameux Egmonts, et le dernier mâle de cette grande maison. II avoit la Toison, ainsi que ses pères, et il étoit général de la cavalerie et des dragons d'Espagne,

i. Saint-Simon a bien écrit chères légumea, au féminin.

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