ÉPOQUE DE VISITER EN MANTEAU [HO
en ayant de gros, les lui laisser toucher en entier et dépendre d'elle * comme un enfant. Il avoit la nomination de Portugal, que le duc de Cadaval lui avoit procurée ; elle avoit eu l'agrément du Roi et de Rome. Cette considération n'arrêta point sa mère : elle s'en prit à ses mœurs, qui en effet n'étoient pas bonnes; elle força Monsieur le Grand à demander au Roi de l'enfermer à Saint-Lazare. Le Roi y résista par bonté ; il représenta à Monsieur le Grand que son fils étant déjà prêtre, il le perdroit sans ressource par cet éclat. Monsieur le Grand, poussé par sa femme, insista : l'abbé de Lorraine fut mis à Saint-Lazare, et demeura perdu sans qu'il fût plus question de sa nomination, dont Rome ne voulut plus ouïr parler et que le Portugal retira. U'fut assez longtemps à Saint-Lazare, et n'en sortit qu'en capitulant avec sa mère sur le revenu de ses bénéfices. Il vécut depuis obscur, et bien des années sans oser paroître. C'est lui qui est mortévêque de Bayeux, qu'il eut pendant la régence.
Cette mort donna lieu à une nouvelle usurpation des princes du sang. Une des distinctions des petit-fils de France et d'eux étoit que les personnes qui, à l'occasion des grands deuils de famille, saluoient le Roi en manteau long pour les hommes, et pour les femmes en mante, visitoient dans le même habit les petits-fils et les petites-filles de France, mais non les princes ni les princesses du sang. Ceux-ci, toujours blessés de ces différences, s'attirèrent peu à peu des visites eu mante et en manteau, des personnes de qualité qui par attachement voulurejat bien avoir cette complaisance, bientôt après se laissèrent entendre qu'ils ne trouvoient pas bon qu'on y manquât, enfin l'établirent en prétention et y soumirent beaucoup de gens. Dès qu'ils s'y crurent affermis, ils se mirent à prétendre la même déférence des maréchaux de France, et peu à peu les y amenèrent comme ils avoient fait les gens de qualité. Une des choses qui y contribua le plus
1. Ne pas les lui laisser toucher en entier, et ne pas dépendre d'elle...