‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 234 sur 311 · LES PRINCES ET PRINCESSES DU SANG · texte numérisé non relu

LES PRINCES ET PRINCESSES DU SANG

fut la prostitution où tombèrent les mantes et les manteaux. La protection publiquement donnée à la confusion en tout, par Tintérêt, le crédit et l'adresse des ministres, les étendit à chaque occasion douteuse, par des permissions expresses, puis par exemples ; enfin y alla qui voulut. Beaucoup de gens de qualité, plusieurs titrés, choqués d'un mélange qui ne laissoit plus de distinction, crurent en reprendre e^ faisant demander permission au Roi dp paroître devant lui sans manteau et sans mante. Ceux qui usurpoient d'en porter n'étoient pas en état de disputer rien aux princes du sang. Tout est exemple et mode : tels et tels l'ont fait, il faut donc le faire aussi ; c'est ce qui aida le plus au succès des princes du sang. Quand après les gens considérables, titrés et non titrés, se mirent à se faire dispenser de saluer le Roi en manteau et eh mante, plusieurs firent dire aux princes du sang comme aux fils et petits-fils de France que le Roi les avoit dispensés : « C'est une honnêteté, disoient-ils, qui ne coûte rien, nous n'irons point en manteau et en mante chez les princes du sang; qu'impor^ de ne leur pas faire cette civilité? » De l'un à l'autre elle s'introduisit. Les princes du sang la reçurent, et comme un devoir et comme une reconnoissance de l'obligation de les voir en manteau et en mante quand on y avoit vu le Roi, puisque. les voyant sans cet habillement on les avertissoit que le Roi en avoit dispensé pour lui, comme il étoit vrai qu'en ce cas il le falloit faire dire aux fils et petits-fils de France. Ainsi peu à peu les princes du sang le prétendirent de tous les gens titrés, mais toutefois sans oser se fâcher lorsqu'ils y manquoient, comme il arrivoit souvent à plusieurs ducs et duchesses, et surtout aux princes étrangers et à ceux qui en ont le rang, toujours si attentifs à l'accroître avec qui ils peuvent, et à se conserver au moins à faute de mieux.

J'ai vu tout cela naître, et à la mort de mon père je me souviens qu'ayant vu le Roi pjesque sur-le-champ et sans deuil, et Monsieur, qui se trouva dans ce moment-là avec

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