ENTRE LE DUC DE ROHAN ET SON FILS
faire davantage. On ne pouvoit d'ailleurs avoir plus d'esprit, de tournant, d'intrigue, ni plus Fair et le langage du grand monde, où d'abord il étoit entré à souhait; gros joueur, grand dépensier pour tous ses goûts, d'ailleurs avare ; et tout aimable qu'il étoit, et avec un don particulier de persuasion, d'intrigues, de souterrains et de ressources de toute espèce, plein d'humeur, de caprices et de fantaisies, opiniâtre comme son père, et ne comptant en efTet que soi dans le monde.
Il étoit devenu fort amoureux de Florence, comédienne que M. le duc d'Orléans avoit longtemps entretenue, dont il eut l'archevêque de Cambray d'aujourd'hui et la femme de Ségur, lieutenant général, fils de celui dont j'ai parlé avec l'abbesse de la Joye, sœur de M. de Beauvillier. M. de Léon dépensoit fort avec cette créature, en avoit des enfants, l'avoit menée avec lui en Bretagne, mais non pas dans Dinan même; où il avoit présidé aux états, et il arrivoit avec elle en carrosse à six chevaux, avec un scandale ridicule. Son père mouroit de peur qu'il ne l'épousât. Il lui offrit d'assurer cinq mille livres de pension à cette créature et d'avoir soin de leurs enfants, s'il vouloit la quitter, à quoi il ne vouloit point entendre. Quelque mal qu'il eût été toute sa vie avec M*"* de Soubise, qui de son côté ne l'aimoit pas mieux, et qu*on a vue prendre si amèrement le parti des Rohans contre lui, dans' ce procès du nom et des armes que j'ai raconté p. 569 S 6t qu'il gagna malgré ses charmes, elle étoit fort peinée de voir son propre neveu, et qui devoit être si riche, dans de pareils liens. Elle fit donc en sorte, avec ces billets dont j'ai parlé, qui mouchoient* si ordinairement entre le Roi et elle, qu'il parlât au fils, puis au père, à qui séparément il donna des audiences, et longues, dans son cabinet. Le fils prit le Roi par ses deux foibles, les respects et l'amour, et avec tant d'esprit, de grâces et de souplesse, que le Roi en fit l'éloge, plaignit son cœur épris et le malheur du