‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 245 sur 311 · CHAMILLART, FORT LANGUISSANT · texte numérisé non relu

CHAMILLART, FORT LANGUISSANT

elles ne se contraignoient pas et se croy oient tout permis. La duchesse de Lorges étoit fort au gré de M"* la duchesse de Bourgogne; elle étoit souvent admise en des confidences : c'étoit moissonner le champ de la maréchale d^Estrées, et un peu dans celui de ses jeunes sœurs; c'en étoit plus qu'il ne falloit pour qu'elles ne pussent se souffrir. M"* Chamillart, ardente à conserver l'air de gouverner chez elle, quelque peu et quelque mal qu'elle y gouvernât, craignoit le joug des Noailles; son mari, qui Téprouvoit souvent, le redoutoit bien plus encore : il s'éloignoit donc beaucoup de leur donner toutes sortes de droits chez lui en prenant leur fille pour son fils. Le Roi même, qui les appréhendoit souvent, n'avoit pas paru * de goût pour cette, affaire. Pour moi, qui voyois tout ce qu'il y avoit à voir sur la santé de ce ministre, sur les calamités de son administration, sur les cabales naissantes, sur son peu de précaution fondée sur une excessive confiance, je ne cessois d'inculquer à ses filles Talliance des Noailles, qui, par elle-même infiniment honorable aux Chamillarts, étoit la seule qui embrassât toutes les cours et tous les âges, et qui par conséquent fût un soutien pour tous les temps : elle fixoit M"* de Maintenon par la considération du duc de Noailles, elle dont les changements de goût avoient'été si funestes à des gens avec qui elle avoit été autant ou plus intimement unie et plus longuement qu'avec Chamillart; Monseigneur, pour d'autres temps, leur étoit assuré par tous sesentours; M"* Choin, à qui les Noailles faisoient une cour sèrvile, les ménageoit à cause de M"* de Maintenon, dont ils étoient le canal de communication avec elle; Madame la Duchesse, déjà leur amie, et d'Antin d'un autre côté; d'un troisième, la Vallière, et M"' la princesse de Gonti, quelque peu considérable qu'elle fût devenue. Enfin les liens secrets qui attachoient ensemble M"* la duchesse de Bourgogne et les jeunes Noailles, ses dames du palais, répondoient de cette princesse pour le

1. N'avait pas fait paraître. Voyez tome II, p. 211 et note 2.

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