‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 247 sur 311 · se le liât, pour s'il se le liait · texte numérisé non relu

se le liât, pour s'il se le liait

[1708] AVEC m"' de hortemart. 383

contrôleur général, qui n'obtint qu'à peine de s'en servir tacitement, dans l'obscurité et comme sans aveu ni permission, la bouche fermée sur lui à tous ses parents en place, qui l'aimoient, poulie* à force dejbras et de besoins par Châmillart, mais par degrés, jusqu'à celui de directeur des finances, mal reçu même alors du Roi, qui ne put s'accoutumer à lui tant qu'il fut dans cette place, redevable de tout à Châmillart, c'étoit bien l'homme tout tel que Châmillart pouvoit désirer. Restoit de l'enchaîner à lui par d'autres liens encore que ceux de la reconnoissance, si souvent trop foibles pour les hommes; et c'est ce qu'opéroit le mariage de M"' de Mortemart, qui rendroit encore les ducs de Chevreuse et de Beauvillier témoins et modérateurs de la conduite de Desmarets, si proche de tous les trois et si étroitement uni et attaché aux deux ducs. Tant de vues si sages et si difficiles à concilier, remplies avec tant de justesse, parurent à Châmillart un coup de maître; mais il en falloit peser les contredits et comparer le tout ensemble.

Il ne tint pas à moi de les faire tous sentir, et je prévis aisément, par la connoissance de la cour et des personnages, le mécompte du duc de Beauvillier et de Châmillart. Celui-ci étoit trop prévenu de soi, trop plein de ses lumières, trop attaché à son sens, trop confiant, pour être capable de prendre en rien les impressions d'autrui. Je ne crus donc pas un moment que l'alliance acquît sur lui au duc de Beauvirâer le plus petit grain de déférence ni d'autorité nouvelle; je ne crus pas un instant que M"* de Maintenon , indépendamment même de son désir pour les NoaiUes, pût jamais s'accommoder de ce mariage. Sa haine pour Monsieur de Cambray étoit aussi vive que dans le fort de son affaire: Son esprit et ses appuis le faisoient tellement redouter à ceux qui l'avoient renversé, et qui possédoient M"' de Maintenon toute entière, que, dans la frayeur d'un retour, ils tenoient sans cesse sa

i. Voyez tome H, p. 225 et note 1, et ci-dessus, p. 81 et note 2.

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