‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 284 sur 311 · Voyez tome I, p. 420, note · texte numérisé non relu

Voyez tome I, p. 420, note

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Pontchartrain, pour son avancement dans la marine. Je le recevois civilement; je lui fis même plaisir utilement, et autant que je le pus, néanmoins toujours attentif à ses propos et à ses démarches, dans le souvenir très-présent de ce qui s'étoit passé de ses sœurs avec mon père. Cette conduite dura ainsi quelques années sans aucune mention que d'avancement, et moi toujours poli et serviable, mais toutefois en garde de l'attirer chez moi.

Enfin, cette année, sur la fin du carême, piqué de la promotion de marine dont j'ai parlé, il me vint faire ses plaintes avec vivacité, s'applaudit d'avoir tiré son fils de la marine pour le mettre dans le régiment des gardes, et ajouta que, par tout ce qui lui en revenoit du duc de Guiche et de tous les officiers, il espéroit qu'il ne me feroit pas déshonneur, ni au nom qu'il portoit. J'entendis ce françois. Nous descendions le degré, moi pour aller dîner à Paris, et lui m'accompagnant. Pour toute réponse, je lui demandai s'il n'y vouloit rien mander, et me séparai de lui à la galerie, qui me parut fort embarrassé. Avant de monter en carrosse, j'allai chez M"* d'Urfé, à qui je contai ce qui venoit de m'arriver, l'aventure de mon père, et la priai de vouloir bien dire à Rouvroy et à sa femme que tant que les politesses n'avoient été que douteuses, je les avois reçues avec la civilité qu'ils pouvoient désirer, mais qu'au propos qui me venoit d'être tenu, je ne pouvois dissimuler que je ne connoissois nulle parenté avec eux, que je n'en avois jamais ouï parler autrement à mon père et aux trois autres branches de notre maison, dont je ne suis que la quatrième, que je croyois Rouvroy tout aussi bon qu'il le pouvoit souhaiter, mais nullement de ma maison, que ces choses-là consistoient en preuves, que je serois ravi qu'il m'en montrât qui me le fissent reconnoître, mais que jusque-là je n'en ferois rien, et que luimême, s'il n'en avoit point, auroit mauvaise grâce de le vouloir prétendre, et le prétendroit inutilement. J'ajoutai que je la priois d'en rendre compte à M"* la princesse de Conti, et de lui dire que, sans l'amitié qu'elle avoit pour

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sa femme, je n'aurois pas entendu le propos de parenté si patiemment, et qu'il se devoit contenter de ce que je lui laissois faire ce que bon lui sembloit sur le nom et les armes qu'il prenoit, sans vouloir encore être reconnu pour être ce qu'il n'étoit pas et ce qu'il ne pouvoit prouver qu'il fût, puisqu'il n'avoit pas encore tenté de le faire.

Revenu à Versailles, je trouvai le duc d'Aumont sortant de chez le chancelier comme j'y entrois. Il m'arrêta dans l'antichambre, et me fit un grand préambule du désespoir de Rouvroy, et qu'il n'étoit pas permis d'attaquer les gens sur leur naissance, et du bruit que cela faisoit. Je me mis à rire, et à lui dire que j'attaquois si peu cet homme sur sa naissance, que je ne m'étois pas seulement donné la peine de savoir qui il étoit et de quel droit il prenoit le nom et les armes qu'il portoit; mais de penser qu'à force de bruit, de plaintes et de langages, il me feroit ou l'avouer, ou consentir- tacitement qu'on le crût de ma maison, il pouvoit être bien persuadé que je n'en ferois rien. M. d'Aumont me répondit que ces sortes d'affaires étoient toujours délicates et désagréables, que c'étoit par amitié et par intérêt pour moi qu'il me parloit, qu'il ne falloit pas avoir toujours tant de délicatesse sur les parentés, que Rouvroy étoit enragé et résolu de porter ses plaintes au Roi. Je répondis encore avec le même sangfroid* que si Rouvroy étoit assez fou pour se. plaindre au Roi de ce que je ne le voulois pas reconnoître, j'aurois l'honneur de lui en dire les raisons, qu'il goûteroit, je croyois, autant que celles de Rouvroy, qu'en un mot ce n'étoit point là une affaire de crierie, mais de preuves, à quoi je reviendrois toujours, que tout ce bruit ne m'émouvroit pas le moins du monde, mais que je oie persuadois qu'il nuiroit fort à qui y avoit recours, faute de preuves si aisées à montrer s'il en avoit, et si ridicules à prétendre s'il n'en avoit pas. Je laissai ainsi M. d'Aumont peu

1. Voyez tome I, p. 221 et note 1, et tome II, p. 2S5, note 1.

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content de la commission qu'il avoit apparemment prise par amitié pour M"' de Rouvroy, et de Tefifet de son éloquence. Je ne laissai pas de prendre mes précautions du côté de Monseigneur et du Roi, après quoi je me mis peu en peine des clabauderies, que je ne payai que de mépris.

Je sus que Rouvroy avoit été à nos autres branches, dont il ne fut pas plus content que de moi. 11 fut à divers généalogistes, qui ne le satisfirent pas mieux, Glérembault entre autres, qui Tassura qu'il ne trouveroit jamais ombre de la moindre preuve, ni même de remonter bien haut. A ma grande surprise, M"* de Lislebonne et M"* d'Espinoy lui conseillèrent de se taire, par le tort irréparable que lui faisoit une prétention rejetée qu'il ne pouvoit prouver. Sa femme pleuroit sans cesse une folie qu'elle faisoit tout ce qu'elle pouvoit pour arrêter. Enfin, las de crier et d'aboyer à la lune, sans toutefois qu'il lui échappât que des plaintes et des cris dont rien ne pouvoit me blesser, il prit le parti de se taire, et je n'en ai pas ouï parler depuis.

Je n'ai pas cru devoir omettre cette aventure, pour ne pas laisser dans l'erreur ceux que le nom et les armes que ces gens-là ont pris y pourroient induire. Je l'ai déjà dit à propos de Maupertuis et de la maison de Melun, on fait en France tout ce que l'on veut là-dessus; nulle voie de l'empêcher, nulle justice à attendre. Un garde-marine qui n'étoit point Rochechouart en prit le nom et les armes : il trouva M. de Vivonne prêt à s'embarquer pour la révolte de Sicile ; il le sut, et ne le pouvant empêcher, il l'appela devant tout le monde, et le remercia de la bonne opinion qu'il avoit de sa maison, dont il ne pouvoit donner une plus sûre marque que de l'avoir préférée à tant d'autres pour en choisir pour soi le nom et les armes. Venons maintenant à quelque chose de plus intéressant.

M"* la duchesse de Bourgogne étoit grosse ; elle étoit fort incommodée. Le Roi vouloit aller à Fontainebleau, contre sa coutume, dès le commencement de la belle sai-

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