‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 29 sur 311 · S] STANISLAS RECONNU ROI · texte numérisé non relu

S] STANISLAS RECONNU ROI

a voient recours k lui. Il étoit mieux avec la France et plus enclin à éïïe qu*èL pas une des autres, qui toutes, malgré leurs succès contre la France, le craignirent ainsi placé en Allemagne, au point d'en passer par tout ce qu'il eût voulu plutôt que de risquer de Ty voir avancer avec son armée et se déclarer contre elles. Les plus grands rois sont milbeureux. Piper étoit son unique ministre, qui Tavoit toujours suivi; il avoit toute sa confiance. Tout occupé de troupes, de subsistances, de guerre, il ne donnoît aux affaires d'État qu'une attention superficielle, emporté par cette passion de héros et par l'amour de la vengeance. L'Empereur et l'Angleterre gagnèrent Piper à force d'argent et d'autres promesses. Piper, vendu de la sorte, se servit de ces deux passions de son maître pour le tirer de Saxe , et le faire courir après le Gzar pour le détrôner, comme il avoit fait le roi Auguste. Rien ne le put détourner d'une si hasardeuse folie; l'objet et le péril qui y étoit attaché fut pour lui un double attrait; Piper l'y nourrit et l'y précipita. Le traître y périt dans les cachots des Moscovites; et son maître, qui ne s'en sauva que par des miracles, et qui en fit depuis du plus grand courage de cœur et d'esprit, ne fit que palpiter depuis et ne figura plus en Europe, comme on le verra en son temps.

Bonac, qui étoit à Dantzick chargé des affaires du Roi en Pologne, eut ordre d'aUer reconnoître et complimenter de sa part le nouveau roi Stanislas, qui fut reconnu de l'Empereur et de presque toute l'Europe. Cromstrom,, envoyé de Suède, avoit donné part au Roi, de la part du roi de Suède et de celle du roi Stanislas, dont il avoit reçu une lettre de créance, de son avènement à la couronne de Pologne et de l'abdication du roi Auguste, électeur de Saxe.

Les mécontents inquiétoient toujours extrêmement l'Empereur, qu'ils pensèrent prendre à la chasse à deux lieues de Vienne, où ils brûlèrent des villages. Ils avoient pris Gratz, qui fut repris sur eux sans qu'ils fissent pour cela une diversion moins embarrassante. Ils finirent

52 MARIAGE ARRÊTÉ DE l'ARGHIDUG. [1706]

Tannée par battre le général Heusler et lui tuer quatre mille hommes.

Le mariage de Tarchiduc fut arrêté, à la fiti d'octobre, avec la princesse de Wolfenbuttel, de même maison que rimpératrice régnante lors, et que le duc d'Hanovre, depuis roi d'Angleterre. Elle étoit luthérienne, et on l'instruisit pour embrasser la religion catholique. Les protestants croient que les catholiques se sauvent dans leur religion ; ils l'ont avoué longtemps, et ne l'ont nié depuis que pour se dérober à la force de l'argument qui s'en tire contre eux. Quand je dis protestants, j'entends luthériens et calvinistes. C'est cette persuasion qu'ils conservent qui les rend faciles à embrasser et à faire embrasser la religion catholique à leurs enfants, quand ils y trouvent des avantages, principalement pour des mariages qui ne se pourroient pas faire autrement; et la raison contraire fait qu'il n'y a point d'exemple d'aucun prince catholique qui se soit fait protestant, ni qui l'ait souffert à ses enfants, pour quelque mariage ou quelque autre avantage que ç ait pu être.

La campagne finit en Espagne, après beaucoup de petites places rendues ou emportées, par la prise de Garthagène. La garnison, qui n'étoit que d'un régiment de cavalerie et un d'infanterie, avec trois mille paysans armés, sous un maréchal de camp espagnol, se rendit au duc de Berwick prisonnière de guêtre, et la vie sauve seulement aux bourgeois. Il s'y trouva soixante-quinze pièces de canon, dont trente de fonte, et trois mortiers. Bay prit quelques jours après Alcantara par escalade, sur une garnison aussi nombreuse que ses troupes, dont il ne perdit que trois ou quatre soldats; il trouva tout le canon qu'on y avoit perdu. Après ces exploits, les armées se séparèrent et entrèrent en quartier d'hiver. Presque toutes ces conquêtes furent rançonnées, et valurent beaucoup d'argent comptant au roi d'Espagne. Peterborough, qui voltigeoit souvent d'Angleterre en Espagne, en Italie, en Portugal et par toute l'Europe, porta en ce même temps

Page 1