‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 30 sur 311 · VILLARS ET NOAILLES DE RETOUR · texte numérisé non relu

VILLARS ET NOAILLES DE RETOUR

un secours de cent cinquante mille pistoles à Tarchiduc dans le royaume de Valence, des contributions que le prince Eugène venoit de tirer du Milanois et des pays voisins. Le Roi, en ce même temps, fit entrer le duc d*Albe dans son cabinet, après sa messe, avant le conseil : il lui dit qu'il avoit cru devoir faire proposer des conférences aux ennemis pour établir une bonne paix, qu'ils les avoient refusées, qu'ainsi il ne falloit plus songer qu'à la guerre, et l'espérer plus heureuse la campagne prochaine qu'elle ne l'avoit été celle-ci. Le duc d'Âlbe, qui, dans la situation d'alors, craignoit fort ces conférences, sortit du cabinet du Roi extrêmement soulagé.

Ce qu'il y avoit d'Impériaux à Hagenbach sous Thungen ayant repassé le Rhin à la mi-novembre, Villars sépara son armée pour entrer en quartiers d'hiver. 11 fit un tour sur la Sarre pour en visiter les places, et arriva à la cour les premiers jours de décembre. Le duc de Noailles revint en même temps de RoussiUon.

Le prince de Rohan étant arrivé des premiers de Flandres, le Roi l'entretint longtemps dans son cabinet sur la bataille de Ramillies et ses suites. On ne put attribuer cette confiance qu'à sa qualité de fils de M"' de Soubise. 11 s'y étoit comporté avec valeur; mais c'étoit un homme à qui il n'en falloit pas demander davantage : il savoit moins de guerre que de cour, où, avec un esprit fort médiocre, il avoit merveilleusement profité des leçons de son habile mère.

Surville étoit sorti de la Bastille à la fin du temps que les maréchaux de France avoient ordonné, et le Roi avoit mandé au duc de Guiche de ramener la Barre de l'armée avec lui. Il le lui présenta en arrivant, et tout de suite le Roi le fit entrer dans son cabinet. Là, il lui dit qu'il avoit eu un démêlé avec Surville où il n'avoit aucun tort, que Surville avoit été puni, que lui étoit un vieil officier dont la réputation étoit établie depuis fort longtemps, qu'ainsi il lui demandoit, comme à son ami, qu'il lui sacrifiât son ressentiment, et si cela ne suffisoit pas, comme roi et

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