‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 296 sur 311 · Voyez tome II, p. 468, note · texte numérisé non relu

Voyez tome II, p. 468, note

456 VENDÔME À clichy; [4708]

voit s'en absenter, en ce point surtout de l'ouverture si prochaine de la campagne, sans beaucoup d'inconvénient. 11 arriva tard le samedi 5; le dimanche 6, il travailla le matin avec le Roi et ChamiUart avant le conseil; Taprèsdînée, le Roi s'amusa à lui faire les honneurs de ses jardins et à le promener partout; le soir, il travailla deux heures avec lui et Chamillart chez M"* de Maintenon. Après le travail du matin, le Roi envoya à Clichy Bergheyek, Chamlay et Puységur, conférer avec M. de Vendôme, pour revenir dîner à Marly à trois heures, se promener ensuite comme je viens de dire, rendre compte du voyage de Clichy chez M"* de Maintenon le soir, et y résumer tout avec le Roi, et recevoir ses derniers ordres pour s'en retourner le lendemain 7 en Flandres. On voit ici l'excès de la complaisance du Roi pour le duc de Vendôme, et l'orgueil démesuré de celui-ci : faire perdre tout ce temps à Bergheyek pour l'aller trouver à Clichy, dans le seul jour qu'il a à demeurer ici, au lieu de retenir à Jlariy Vendôme vingt-quatre heures de plus pour y voir Bergheyek, et y conférer, et résoudre tout sous les yeux du Roi ensemble.

Voilà donc Bergheyek, Puységur et Chamlay courant à Clichy après M. de Vendôme. Us l'y trouvèrent dans le salon de la maison de Crosat, au milieu d'une nombreuse et fort médiocre compagnie, qui se promenoit les mains derrière son dos. 11 fut à eux, et leur demanda ce qui les amenoit; ils lui dirent que le Roi les envoyoit vers lui. Sans les tirer seulement dans une fenêtre, et sans bouger de la même place, il se fit expliquer à voix basse de quoi il s'agissoit. La réponse du héros fut courte : il leur dit tout haut qu'il seroit sur la frontière presque aussitôt que Bergheyek à Mons, que sur les lieux il travailleroit avec plus de justesse, et avec une demi-révérence et une pirouette, il alla rejoindre sa compagnie, qui s'étoit tenue éloignée par discrétion. Leur surprise à tous trois fut sans pareille; quoique ils le connussent bien, ils demeurèrent quelques moments immobiles d'un mépris si audacieux

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et si public pour des aflFaires de celte première importance, et pour des gens comme eux, envoyés exprès par le Roi pour en conférer avec lui et en rapporter au Roile résultat le jour même. Le Roi, fort surpris de les voir sitôt de retour, leur en demanda la cause : ils se regardèrent; enfin Puységur, plus hardi, raconta le succès du voyage. Le Roi ne put se contenir de laisser échapper un geste qui fit connoître ce qu'il pensoit; mais ce fut tout, et après un moment de silence, il les envoya travailler et dîner chez Chamillart, pour montrer après ses jardins à Bergheyck. La journée se passa comme je l'ai dit d'abord, et le lendemain, 7 mai, Bergheyck, dès le matin, repartit pour Mons. Ce trait de Vendôme fit grand bruit; enté si frais sur ce qui venoit de se passer du maréchal de Matignon, il en redoubla le vacarme, et à moi l'intime persuasion de tout ce que j'avois prédit à M. de Beauvillier. L'audace de Vendôme à l'égard du Roi môme et de ses aflFaires les plus importantes, et la foiblesse du Roi à un trait si public et si marqué, me devinrent des garants sûrs de tout ce que j'avois prévu. Je laissai à Puységur les réfllexions à faire faire là-dessus au duc de Beauvillier; je n'en voulus même suggérer aucune au premier, et je ne parlai pas même de Glichy à M. de Beauvillier ni à M. de Chevreuae : il n'étoit plus temps de rien. M. de Vendôme partit de Clichy pour la Flandre le lundi 7 mai, comme il l'avoit résolu.

Je ne veux pas omettre une bagatelle dont je fus témoin à cette promenade, où le Roi montra ses jardins à Marly, et dont la curiosité de voir les mines et d'ouïr les propos du succès du voyage de Clichy m'empêchèrent* d'en rien perdre. Le Roi, sur les cinq heures, sortit à pied et passa devant tous les pavillons du côté de Marly; Bergheyck sortit de celui de Chamillart pour se mettre à sa suite. Au pavillon suivant, le Roi s'arrêta; c'étoit celui de Desmarets, qui se présenta avec le fameux banquier Samuel Bernard,

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