MORT DE LA MARQUISE DE BRLLEFONDS
fortune, il fît pour son ancien ami des bagatelles à sa convenance, parce qu'il ne voulut jamais mieux. Il étoit de tous les voyages de Pontchartrain, où je Fai fort connu ; et ce qui est respectable pour les deux amis, c'est que sans s'y mêler de rien, ni sortir de son état de petit bourgeois, de Paris, comme il s'appeloit souvent lui-même, il y étoil comme le maître de la maison : tout le domestique en attention et en respect, et tout ce qui y alloit en première considération ; le chancelier, outre l'amitié et la confiance, lui en témoigna toujours une extrême, et toute sa famille aussi : il montroit vouloir que tout le monde lui en portât, et le Haquais étoit aimé de tous. Il vîvoit avec grand respect pour les gens considérables qu'il y voyoit, il n'en manquoit point au chancelier ni à la chancelière, qui l'aimoient autant l'un que l'autre; mais il ne laissoît pas de vivre fort en liberté avec eux, et de laisser échapper des traits de vieil ami, qui ne lui messey oient pas et qui étoient toujours bien reçus. Dans les dernières années, sa piété s'accrut tellement que le chancelier et sa femme ne l'avoient plus à Pontchartrain autant qu'ils l'y vouloienl. Ils l'appeloient leur muet, parce que la charité avoit mis un cachet sur sa bouche, auquel on perdoit beaucoup; je m'en plaignois souvent à lui-même. On ne le voyoit jamais qu'à Pontchartrain ; il vivoit fort retiré à Paris.
Le marquis de Bellefonds, petit-fils du maréchal, perdit sa femme, toute jeune et mariée depuis peu; elle étoit Hennequin, fille d'Esgrilly, qui avoit le vautrait*.
Quatre ou cinq jours après, c'est-à-dire le 3 juin, la comtesse de Gramont mourut à Paris, à soixante-sept ans. Elle étoit Hamilton, de cette grande maison d'Ecosse si puissante, si ancienne, si grandement alliée et si souvent avec les Stuarts.
M., fille de Jacques Stuart II, roi d'Ecosse, mariée, 1468,
1. Terme de vénerie. On appelait pautrait l'équipage de chasse pour le sanglier.