‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 32 sur 311 · MARIAGE DU FILS DE LIVRY · texte numérisé non relu

MARIAGE DU FILS DE LIVRY

dans la nécessité de passer leur vie dans les mêmes lieux par leurs charges, et de se rencontrer tous les jours, ils ne se raccommodèrent jamais. M"' de Chàtillon n'avoit jamais été trop bien av^c Madame. Elle étoit extrêmement du grand monde, et importunée de Tassiduité. Avec un esprit médiocre, elle prétendoit en avoir beaucoup, et devenoit ridicule en étalant du bien-dire et de Técorce de science tant qu'elle pouvoit; flatteuse, moqueuse et méchante. Elle et sa sœur étoient bien avec Monseigneur, et fort des amies de M"* la princesse de Gonti de tout temps. Jamais on ne vit un plus beau couple ni de si grand air que M. et M"« de Châtillon.

Livry, qui avoit déjà quatre cent mille livres de brevet de retenue sur sa charge de premier maître d*hôtel du Roi, en eut soixante mille livres d'augmentation, et la survivance de sa capitainerie de Livry pour son fils, en le mariant à la fille du feu président Robert; Desmarets, grand fauconnier, avoit épousé l'autre. Ce président Robert, qui rétoit de la chambre des comptes, étoit fort proche parent de M. de Louvois, longtemps intendant d'armée, homme d'esprit, capable et d'honneur, mais qui aima tant son plaisir que M. de Louvois n'en put rien faire. C'étoit le plus gros et le plus noble joueur du monde, et l'homme de sa sorte le plus mêlé avec la meilleure compagnie. 11 étoit mort il y avoit longtemps.

M. de BeauviUier avoit deux frères du second mariage de son père, qu'il avoit élevés avec ses enfants, et qui étoient tous quatre à peu près de même âge. L'aîné voulut être d'Église, et y voulut persévérer lorsque les deux fils de M. de BeauviUier moururent. Le cadet étoit à Malte pour faire ses caravanes ; M. de BeauviUier, qui n'avoit plus que lui, l'en fit revenir pour en faire désormais son fils unique. Il arriva; M. et M"* de BeauviUier conjointement lui firent de grandes donations, et M. de BeauviUier lui céda son duché, lui fit prendre le nom de duc de Saint-Aignan, et le maria à la fiUe unique de Besmaux, extrêmement riche. Sa mère étoit fiUe de ViUacerf,

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