‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 33 sur 311 · M. DE BEAUVILLIER CÈDE SON DUCHÉ 1 SON FRÈRE · texte numérisé non relu

M. DE BEAUVILLIER CÈDE SON DUCHÉ 1 SON FRÈRE

son père étoit mort jeune. Besmaux, père de celui-là, étoit un gentilhomme gascon q[ui avoit été capitaine des gardes du cardinal Mazarin , et depuis très-longtemps gouverneur de la Bastille, où, il s'étoit extrêmement enrichi. 11. avoit toujours conservé de la considération du Roi et de la confîanee personnelle. Avant qu'être riche, il avoit marié sa fille à Saumery, sous-gouverneur des princes, par la protection et le choix de M. de Beauvillier : c'est celle dont j'ai parlé à l'occasion de M. de Duras. Sa nièce, héritière sans père ni mère, et le vieux Besmaux mort il y avoit longtemps, dépendoit de cette tante paternelle et de Villacerf, premier maître d'hôtel de M"' la duchesse de Bourgogne, son oncle maternel. Le mariage, fut donc bientôt fait. M. et M"' de Beauvillier les prirent chez eux à Versailles comme leurs enfants ; M"* de Beauvillier les traita de même : la conduite toujours suivie qu'elle eut avec eux fut le chef-d'œuvre de l'amitié conjugale; elle se livra à cette éducation avec un courage héroïque. Je l'ai vue bien des fois, étant seul avec elle les soirs, les envoyer chercher sur le point que le plus, court et le plus intime particulier alloit arriver pour souper, que les grosses larmes, lui tomboient des yeux, m'avouer ce que lui coûtoit le souvenir de la mort de ses enfants, renouvelé à tous moments par le fils et la bellefille postiche*, puis recogner ses larmes pour qu'on ne s'en aperçût point, eux sur tous, me les louer, dire que ce n'étoit pas leur faute si elle avoit perdu ses enfants^ que si ce n'étoit pas une ressource pour elle, c'en étoit toujours une pour M. de Beauvillier, ce qui étoit tout pour elle ; et dès qu'ils arrivoient, leur faire cent caresses et toutes les amitiés possibles. Elle les traita toute sa vie comme ses véritables enfants et les mieux aimés, avec un intérêt en eux et des soins qui ne se peuvent exprimer ; M*, de BeauviUier de même. Toutes ces dispositions se firent de concert avec M. de Mortemart et Madame sa mère, pour

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