‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 52 sur 311 · Saint-Simon a écrit par erreur Jules II pour Jules III · texte numérisé non relu

Saint-Simon a écrit par erreur Jules II pour Jules III

Liège, et Sedan de Mouzon, comme on le voit encore par les lettres patentes de Charles VU en 1454, comme souverain de Mouzon, d*oii Sedan relevoit, et par le jugement deaijugeurs de Mouzon, rendu en 1455, en conformité de ces lettres.

Ce dernier maréchal étoit connu sous le nom de maréchal de Floranges plus que sous celui de maréchal de Bouillon. Il avoit épousé la fille aînée de la fameuse Diane de Poitiers et de son défunt mari Louis de Brezé, comte de Maulevrier, grand sénéchal de Normandie. Il fut marié quatorze ans sans avoir aucun rang en France, non plus que ses pères. Henri II, dans le fort de ses amours et du crédit de Diane de Poitiers, la fit duchesse de Valentinois en 1548; et ce même crédit obtint, quatre ans après, le rang de duc en France au maréchal son gendre, duc de Bouillon, personnellement pour lui, et pour sa femme par conséquent. 11 mourut en 1556, Henri II en 1559, et la maréchale de Floranges, qui depuis ce rang ne s'appeloit plus que la duchesse de Bouillon, en 1574. Deux fils de ce mariage, et plusieurs filles, dont Taînée fut la première femme du dernier connétable de Montmorency, et mère des duchesses de Ventadour et d'Angoulême ; les deux fils furent le duc de Bouillon et le comte de Maulevrier, tous deux sans aucun rang ni prétention.

Ce duc de Bouillon "est le premier des seigneurs de Sedan qui en ait changé le titre en celui de prince de son autorité particulière. 11 fut capitaine des Gent-Suisses de la garde du Roi, céda, avec protestation et promesse du Roi de récompense, le château de Bouillon à Févêque de Liège avec quelques dépendances, conformément au traité du Cateau-Cambrésis, 1559. 11 épousa, 1558, la fille aînée du premier duc de Montpensier, sœur de cette abbesse de Jouars; défroquée et huguenote, 1572, qui épousa, 1574, le fameux prince d'Orange Guillaume, tué à Delft, 1584, dont elle eut la seconde femme du maréchal de Bouillon la Tour, veuf de Théritière de Sedan. Le duc

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de Bouillon mourut, 1574; la princesse de Bourbon Montpensier, sa femme, en 1587, dont il laissa deux fils et une fille : le cadet mourut sans alliance, en 1587, portant le nom de comte de la Marck; l'aîné, duc de Bouillon et prince de Sedan, etc., mort à Genève sans alliance, 1" janvier 1588, à vingt-six ans, ayant par son testament institué sa sœur unique son héritière universelle, à laquelle il substitua le duc de Montpensier, frère de leur mère, et à celui-ci le prince de Dombes, son fils, leur cousin germain; ainsi Charlotte de la Marck eut Bouillon, Sedan, etc. C'est elle à qui on fit épouser H. de la Tour, vicomte de Turenne et maréchal de France, si connu sous le nom de maTéchal de Bouillon. Elle étoit née à Sedan à la fin de 1574, mariée à la fin de 1591, et mourut en 1594 sans enfants, comme il a été dit, à Sedan, d'où elle n'étoit jamais sortie.

De cette courte analyse, il résulte que des huit générations de la Marck qui ont possédé Sedan, dont les six dernières ont eu Bouillon aussi, aucune n'a eu ni prétendu aucun rang ni distinction à ces titres ni à ceux de leur naissance, que le seul dernier maréchal,. grand-père de l'héritière, a eu le rang personnel de duc par le crédit de sa belle-mère, et qu'ils ont eu des charges et des emplois que des princes ou gens qui voudroient l'être n'auroient pas acceptés, que Sedan est un fief mouvant du domaine de Mouzon, que c'est le père de l'héritière qui le premier a changé, sans titre aucun et de son autorité privée, le titre de seigneur de Sedan, que ses prédécesseurs avoient toujours pris, en celui de prince de Sedan, et que la folie qu'eut le père du premier maréchal de la Marck de déclarer la guerre à Charles V ne leur donne aucun droit de souveraineté, non plus que la protection accordée par lettres de nos rois, ni la mention faite d'eux dans les traités de paix comme de tous autres seigneurs particuliers des frontières qui touchent les dominations différentes, que Sedan relevoit des archevêques de Reims comme seigneurs de Mouzon sans aucune difficulté avant que le Roi se fût

accommodé de ce domaine; enfin que Sedan, possédé par la maison de Jausse en Brabant, ensuite par celle de Barbançon, seigneurs de Bossu, après par celle de Braquemont, fut enfin vendu à celle de la Marck, comme on a vu plus haut. Voilà pour Sedan. Raucourt, Jametz, etc., n'eurent jamais rien de particulier; ce n'est pas la peine de s'y arrêter.

Bouillon est une ancienne seigneurie démembrée du comté d'Ardenne, que le célèbre Godefroy de Bouillon eut de sa mère Ide. Il étoit fils d'Eustache comte de Boulogne, et fut investi du duché de la basse Lorraine. Comme il étoit duc, on l'appela le duc Godefroy de Bouillon, parce qu'on étoit accoutumé auparavant à le nommer Godefroy de Bouillon, selon la mode du temps pour les cadets de leur partage, et cette terre n'a pas eu d'autre titre de passer et d'être dite le duché de Bouillon. Godefroy, allant a la Terre sainte, où il devint si célèbre, vendit Bouillon à Gilbert, évêque de Liège; et Alberon, depuis son successeur, acquit en 4127, de Renaud archevêque de Reims, tout le fief que l'Église de Reims avoit à Bouillon. G'étoit apparemment la mouvance. Au moins ne prétendrat-on pas qu'une terre sans titre et démembrée du comté d'Ardenne fût une souveraineté. On a vu ci-devant comment elle a passé des évêques de Liège dans la maison de la Marck ; mais cette Église ni les états de Liège n'ont jamais cédé, non-seulement la mouvance, mais la propriété ; et à travers les guerres et les traités, jusqu'à celui de Ryswick exclusivement, ils l'ont toujours revendiquée.

M. de Bouillon, fils du maréchal et frère aîné de M. de Turenne, et petit-fils maternel du grand Guillaume prince d'Orange, se trouvant gouverneur de Maestricht pour les HoUandois, se fit craindre des Liégeois, avec qui il traita en 1641, sans prendre la qualité de duc de Bouillon dans l'acte qu'il passa avec eux, et renonça à toutes prétentions sur Bouillon et ses dépendances pour cent cinquante mille florins, qu'il acheva de toucher en 1658, sans

avoir pourtant cessé de porter le même nom ; et au traité des Pyrénées, il ne se parla plus de Bouillon, possédé par les Liégeois. Ils prirent parti pour l'Empereur, en 1676, contre le Roi. Les François prirent Bouillon, que le Roi donna, en 1678, au duc de Bouillon, fils de celui dont on vient de parler, qui, sans aucun titre de souveraineté possible, comme on vient de le voir, y établit une cour souveraine. Cette entreprise fit une grande difficulté à la paix de Nimègue, mais à la fin. les Liégeois cédèrent et protestèrent; et il fut dit que la possession demeureroit à M. de Bouillon, et que la question de la propriété seroit décidée par des arbitres. Oncques depuis il n'en a été parlé.

On voit donc combien Bouillon est éloigné de pouvoir être une souveraineté, et à quel étrange titre M. de Bouillon en jouit. 11 n'est pas nécessaire de s'y étendre davantage. En aucun temps depuis, les évèques, le chapitre et les états de Liège auroient été mal reçus à disputer Bouillon, quoique payé tant de fois, et de plus de leur ancien domaine, au fils de celui à qui ils l'avoient si bien payé la dernière, à qui Louis XIV l'avoit donné après l'avoir pris sur eux, et qui lui a toujours accordé sa protection pour le garder. La suite de ce qu'est devenu Bouillon pour n'être pas interrompue, nous a conduits jusqu'à Louis XIV et à son grand chambellan ; avant de parler de la maison de celui-ci, il faut achever ce qui regarde celle de la Marck.

On a vu ci-devant que l'héritière de Sedan et Bouillon avoit un oncle unique, frère cadet de son père. 11 portoit le nom de comte de Maulevrier, et prit le nom de duc de Bouillon après la mort de sa nièce, en 1594. 11 n'eut jamais ni ne prétendit aucun rang, servit Charles IX et Henri III en leurs guerres, fut capitaine des Cent-Suisses de la garde, et chevalier de l'ordre le dernier décembre 1578, qui est la première promotion qui ait été faite.

Les ducs de Nevers Gonzague, Mercœur, frère de la reine femme d'Henri III, Uzès Crussol, et Aumale Lor-

raine étoienl en ce rang de leurs duchés, à la tête de la promotion. Le comte de Maulevrier y eut le vingt-quatrième rang, c'est-à-dire le vingtième parmi les gentilshommes, et n'en eut que trois après lui. 11 marcha entre M. d'Estréès, père du premier maréchal et de la belle Gabrielle, et M. d'Entragues, père de la marquise de Verneuil, c'est-àdire entre les deux pères des deux trop fameuses maîtresses d'Henri IV. 11 lutta longtemps contre le maréchal de Bouillon pour l'héritage de sa nièce. On a encore les factums et les écrits qu'il publia sur l'usurpation qui lui étoit faite, et sur les incroyables dénis de justice et les violences qu'il essuyoit par l'autorité d'Henri IV et les artifices du maréchal. De guerre lasse et désespérant de pouvoir obtenir de jugemeilt en aucun tribunal, qui tous se trouvoient fermés pour lui par une suite continuelle de violences, il transigea avec le maréchal de Bouillon, 25 août 1601; et l'une des conditions de la transaction, confirmée par le Roi, fut qu'il précéderoit en tous lieux le maréchal de Bouillon pendant sa vie, ce qui lui fut exactement tenu, et mieux que les articles pécuniaires, après lesquels il courut longtemps sans succès. Avec cette préséance sur le maréchal de Bouillon, et le nom de duc de Bouillon qu'il prit à la mort de sa nièce, il ne prétendit jamais aucun rang, comme on l'a dit; il demeura parmi les gentilshommes dans les cérémonies de l'ordre comme il y avoit été reçu, et il mourut en septembre 1622, à quatre-vingt-quatre ans, ayant été ainsi quarante-quatre ans chevalier de l'ordre.

D'une Averton, sa première femme, il n'eut qu'une fille, mariée à Gomblisy, fils du secrétaire d'État Pin art; sa seconde femme, fille de Gilles de la Tour, seigneur de Limeuil, et de Marg. de la Cropte, et sœur de M"* de Limeuil, fille d'honneur de Catherine de Médicis, qui la chassa pour être accouchée du fait du prince de Gondé dans la garde-robe de cette reine à Lyon, et de laquelle j'ai dit un mot plus haut. Le comte de Maulevrier eut H.-Robert de la Mark, comte de Braine; Louis delà Marck,

marquis de Mauny; Alex, de la Marck, abbé de Braine et d'Igny, qui ne figura point, non plus qu'un quatrième, mort sans enfants d'une Hennequin.

Le comte de Braine prit, à la mort de son père, le nom de duc de BouiDon, et poursuivit ses droits sur la succession de sa cousine aussi peu heureusement que son père. 11 fut aussi capitaine des Gent-Suisses de la garde. Il trouva dans les deux puissants et célèbres fils du maréchal de Bouillon, mort un an après son père, de quoi être tenu dans robscurité. Il mourut, depuis longtemps retiré en sa maison de Braine, qutlques mois après l'autre duc de Bouillon la Tour, la même année 1652, à soixante-dixsept ans. De Marg. d'Autun, sa première femme, il né laissa que des filles, qui finirent cette branche. L'une épousa M. de Choisy l'Hôpital, l'autre M. de la Boulaye Eâchallart, dont les enfants héritèrent des biens de cette branche éteinte, en prirent le nom et les armes, et ont fini en la duchesse de Duras, mère de la princesse de Lambesc et de la comtesse d'Egmont. Je ne parle point de la troisième femme du comte de Maulevrier, ni des deux dernières de ce comte de Braine, qui n'ont point eu d'enfants.

Le marquis de Mauny, frère puîné du courte de Braine, fut chevalier de l'ordre en 4619, le cinquante et unième de la promotion, c'est-à-dire le trente-neuvième parmi les gentilshommes. Huit autres le suivirent, dont le quatrième fut le marquis de Marigny, depuis comte de Rochefort, Alex, de Rohan, frère cadet du duc de Montbazon, oncle paternel de la connétable de Luynes, depuis la célèbre duchesse de Chevreuse. Le marquis de Mauny fut premier écuyer de la reine Anne d'Autriche, et capitaine des gardes du corps de la dernière compagnie en 1621, après M. de la Force, jusqu'en 4627, que M. de Brezé Maillé lui «uccéda, qui étoit beau-frère du cardinal de Richelieu et fut maréchal de France, à qui M. d'Aumont, aussi maréchal de France depuis, succéda en 4632. Le marquis de Mauny mourut capitaine des gardes, sans

enfants d'Isabelle Jouvenel, fille du baron de Traynel, chevalier de Tordre.

Toute cette branche éteinte, il ne resta plus de toute la maison de la Marck que celle du Lumain, plus haut expliquée, sortie du Sanglier d'Ardenne; elle demeura aux Pays-Bas de Liège et de Westphalie, et s'allia dans ces provinces, excepté Guill. de la Marck, second fils de ce fameux Sanglier, qui fut un des chambellans de Louis XII et capitaine des Cent-Suisses de sa garde* Lui, son fils unique et ses deux filles se marièrent en France; et son fils, qui n'eut point d'enfants, finit cette courte branche. ^

Ernest, cinquième descendant direct du Sanglier, fut premier comte 'de Lumain. Il eut un fils d'une Hohenzollern , mort longtemps après lui sans postérité ; mais Ernest épousa en secondes noces Cath. -Richard d'Esche : je ne sais même si ce put être de la main gauche, comme ils parlent en Allemagne, tant la naissance étoit disproportionnée. Il en laissa deux fils et deux filles, l'une religieuse à Liège, l'autre mariée en fille de mère de fort peu. Le cadet des deux fils mourut obscur sans alliance; l'aîné redevint baron de Lumain par le triste mariage dont il étoit sorti ; mais l'Empereur le réhabilita, et le fit môme comte de l'Empire. Il mourut en 1680, et laissa trois fils de Cath.-Gh., fille du comte de Wallenrode, qui se remaria au comte de Furstemberg, neveu du cardinal de Furstemberg'. C'est cette comtesse de Furstemberg qui gouverna et pilla le cardinal de Furstemberg tant qu'il vécut, qui en fit après sa mort une longue et sérieuse pénitence, et de laquelle j'ai parlé page ^ sur la coadjutorerie de Strasbourg. Elle n'eut point d'enfants de son second mari. Venue et fixée en France avec le cardinal de Furstemberg, qu'elle ne quitta jamais, elle amena deux de ses fils, et laissa le dernier en Allemagne, où il est devenu lieutenant feld-maréchal des armées impériales. L'aîné

1. Saint-Simon a négligé de remplir ce blanc laissé par lui au manuscrit. Voyez ci-dessus tome II, p. 312 et suivantes.

mourut de bonne heure à Paris, sans alliance, ayant un régiment qui fut donné au second, beau et bien fait, et qui ressembloit au cardinal de Furstemberg comme deux gouttes d'eau. C'est le comte de la Marck qui a épousé une fille du duc de Rohan, de la mort de laquelle j'ai parlé page *, qui étoit debout à la cour sans nulle prétention, et qui a laissé un fils. Le comte de la Marck, fort employé aux négociations, étoit ambassadeur de France auprès du fameux roi de Suède, et dans son camp lorsqu'il fut tué. Il est devenu lieutenant général, et fut fait chevalier de l'ordre en 1724*, le quarante-deuxième de la promotion, c'est-à-dirè le vingt-quatrième parmi les gentilshommes, dont il eut huit autres après lui. Il alla longtemps depuis ambassadeur en Espagne, d'où il est revenu grand d'Espagne et chevalier de la Toison d'or, à l'occasion du mariage de Madame, fille aînée du Roi, avec Tinfant don Philippe, troisième fils du roi d'Espagne.

En voilà assez, ce semble, pour demeurer persuadé que Sedan ni Bouillon ne furent jamais principautés, duchés, encore moins souverainetés ; que l'un et l'autf e sont demeurés à MM. de Bouillon la Tour, très-précairement, pour ne pas dire fort étrangement; qu'aucun seigneur de ces deux terres n'a été ni prétendu être souverain, jusqu'au père de l'héritière ; et que pas un d'eux, ni avant ni depuis, n'a eu de rang en France, ni pas un de leur maison, ni n'en ont prétendu, si on efcepte le seul maréchal de Floranges, qui par le crédit de la duchesse de Valentinois, maîtresse d'Henri II, sa belle-mère, eut personnellement rang de duc. Tel a été l'état des choses à cet égard jusqu'au vicomte de Turenne, H. delà Tour, devenu maréchal de Bouillon. Aux pays étrangers il n'a pas été différent, en aucun desquels Sedan ni Bouillon n'ont jamais passé ni pour souverainetés ni pour principautés ; aucun de leurs seigneurs n'a été reconnu en aucune cour de

1. Ici encore Saint-Simon a omis d'indiquer la page à laquelle il voulait renvoyer. Voyez la page 362 de notre tome IV.

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