‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 75 sur 311 · CURIOSITÉS SUR POISSY · texte numérisé non relu

CURIOSITÉS SUR POISSY

dur et long. Sur la fin, elle prit en aversion, et bientôt en persécution, celles qu'elle crut lui pouvoir succéder, M"* de Mailly sur toutes, qui par son mérite et sa parenté sembloit y avoir plus de part, et la réduisit à chercher ailleurs un repos qu'elle ne pouvoit plus goûter à Poissy : elle se retira à Longchamp, et elle y étoit lorsqu'elle fut nommée.

Pour y parvenir après M"* de Ghaulnes sans rumeur et sans dispute, le Roi profita d'un accident qui étoit arrivé à ce beau monastère quelque temps avant la mort de M"* de Ghaulnes : le tonnerre avoit enfoncé la voûte du chœur et mis le feu à l'église ; la fonte du plomb qui la couvroit empêcha tout secours, en sorte que ce dommage fut extrêmement grand, et à l'église, qui est magnifique, et aux lieux du monastère qui en étoient voisins. Dans l'impossibilité où la maison se trouva de le réparer, même en partie, le Roi s'en chargea, à condition qu'elle lui céderoit pour toujours ses prétentions d'élire, que le Pape en feroit une abbaye, et qu'il en donneroit la collation au Roi. Gela fut fait ainsi, au grand regret des religieuses, qui n'osèrent pas résister, et le Pape accorda tout. Gependanton nesepressoit pas, de la part du Roi, de réparer les désordres du feu; on ne s'y mit que lorsque la santé de M"* de Ghaulnes fit craindre des difficultés sur cette nonexécution ; alors on l'entreprit, et elle a coûté près d'un million. Néanmoins, M"* de Mailly trouva beaucoup d'opposition : toutes l'aimoient et l'estimoient, protestoient qu'elles l'auroient préférée dans l'élection, mais ne pouvoient souffrir la nomination. La vertu, la patience, la douceur, l'esprit, l'art du gouvernement, parurent avec éclat et succès dans la nouvelle abbesse. Elle laissa sortir les plus opiniâtres, et gagna les autres par ses talents, son grand exemple et sa bonté ; mais pour n'y pas revenir, dès que le Roi fut mort, les protestations, jusque-là cachées, parurent, et il se forma un véritable procès entre M"' de Mailly et les prétendantes au droit d'élire, opprimées, disoient-elles, par l'autorité du feu Roi ; la plupart de celles

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