MORT DE ROQUETTE, ÉVÉQCE D'AUTUN
qui étoient à Poissy, et qui avoient le plus goûté le gouvernement de leur abbesse, s'y joignirent, EUe demeura la même à leur égard. Nous jugeâmes ce procès au conseil de régence; M"* de Mailly le gagna : il n'éloit pas possible qu'elle le pût perdre, avec toutes les précautions qui avoient été prises, ici et à Rome, pour assurer cette nomination pour toujours. A la fin les religieuses, vaincues par la douceur, le mérite et la conduite de M"* de Mailly envers toutes, l'ont aimée comme la meilleure mère, et vivent là plus heureuses, à xe qu'il en revient même de toutes parts par elles-mêmes, qu'aucunes religieuses du royaume.
Il mourut alors un vieux évêque, qui toute sa vie n'avoit rien oublié pour faire fortune et être un personnage : c'étoit Roquette, homme de fort peu, qui avoit attrapé l'évêché d'Autun, et qui à la fin, ne pouvant mieux, gouvemoit les états de Bourgogne à force de souplesses et de manège autour de Monsieur le Prince. Il avoit été de toutes les couleurs : à M"* de Longueville, à M. le prince de Conti son frère, au cardinal Mazarin, surtout abandonné aux jésuites; tout sucre et tout miel, lié aux femmes importantes de ces temps-là, et entrant dans toutes les intrigues ; toutefois grand béat. C'est sur lui que Molière prit son Tartuffe, et personne ne s'y méprit. L'archevêque de Reims passant à Autun avec la cour, et admirant son magnifique buffet : « Vous voyez là, lui dit l'évoque, le bien des pauvres. — Il me semble, lui répondit brutalement l'archevêque, que vous auriez pu leur en épargner la façon. » Il remboursoit accortement ces sortes de bourrades, il n'en sourcilloit pas, il n'en étoit que plus obséquieux envers ceux qui les lui avoient données; mais alloit toujours à ses fins, sans se détourner d'un pas. Malgré tout ce qu'il put faire, il demeura à Autun, et ne put faire une plus grande fortune. Sur la fin, il se mit à courtiser le roi et la reine d'Angleterre : tout lui éloit bon à espérer, à se fourrer, à se tortiller. Monsieur de Bayeux, Nesmond, les courtisoit d'une autre façon : il ne les voyoit guère, leur
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donnoit dix mille écus tous les ans, et fit si bien qu'on ne Fa jamais su qu'après sa mort.
Monsieur d'Autun, pour achever par ce dernier trait, avoit une fistule lacrymale. Peu après la mort du roi d'Angleterre, il s'en prétendit miraculeusement guéri par son intercession. Il l'alla dire à la reine d'Angleterre, à M"* de Maintenon, au Rçi. En effet, son œil paroissoit différent; mais peu de jours après il reprit sa forme ordinaire, la fistule ne se put cacher. 11 en fut si honteux qu'il s'enfuit dans son diocèse, et qu'il n'a presque point paru depuis. Les restes de son crédit et de ses manèges trompèrent vilainement l'abbé Roquette, son neveu, qui étoit fourré dans le grand monde, qui prêchoit, et qui avoit passé sa vie avec lui. 11 obtint sa coadjutorerie pour un autre neveu, et l'abbé Roquette, avec ses sermons, son intrigue, ses cheveux blancs et tant d'espérance, n'a pu parvenir à l'épiscopat. Il a fini chez M""* la princesse de Gontî, fille de Monsieur le Prince, dont il se fit aumônier, et son frère son écuyer.
Il y eut tout l'hiver force bals à Marly ; le Roi n'en donna point à Versailles, mais M"' la duchesse de Bourgogne alla à plusieurs chez Madame la Duchesse, chez la maréchale de Noailles et chez d'autres personnes, la plupart en masque. Elle y fut aussi chez M"* du Maine, qui se mit de plus en plus à jouer des comédies, avec ses domestiques et quelques anciens comédiens. Toute la cour y alloit; on ne comprenoit pas la folie de la fatigue de s'habiller en comédienne, d'apprendre et de déclamer les plus grands rôles, et de se donner en spectacle public sur un théâtre. M. du Maine, qui n'osoit la contredire de peur que la tête ne lui tournât tout à fait, comme il s'en expliqua une fois nettement à Madame la Princesse en présence de M"' de Saint-Simon, étoit au coin d'une porte, qui en faisoit les honneurs. Outre le ridicule, ces plaisirs n'étoient pas à bon marché.
Cependant le Roi régla les généraux et les officiers généraux de ses armées. Le maréchal de Tessé fut déclaré
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dès le commencement de février pour le commandement de Tarmée destinée à repasser en Italie. Il partit bientôt après pour le Dauphiné avec une patente de commandant en chef dans cette province. Il y prétendit du parlement les mêmes honneurs dont y jouit le gouverneur de la province, qui sont entre autres d'être visité par une nombreuse dépulation du parlement, traité de Monseigneur dans le compliment, et de seoir au-dessus du premier président dans le coin du Roi. Gela lui fut disputé : le parlement de Grenoble députa à la cour, où ses raisons furent si bien expliquées qu'il gagna l'un et l'autre point et d'autres moindres, dont le maréchal de Tessé eiit le dégoût entier. Le maréchal de Villars fut destiné pour l'armée du Rhin, et M. de Vendôme à celle de Flandres, sous l'électeur de Bavière. Le maréchal de Berwick étoit demeuré en Espagne; M. le duc d'Orléans, qui ne vouloit pas demeurer sur sa mauvaise bouche d'Italie, et qui voyoit peu d'apparence d'y faire rentrer une armée, désira d'aller en Espagne : il n'auroit pu obéir à l'électeur de Bavière, qu'on ne vouloit pas mécontenter en lui proposant ce supérieur; Villars avoit, comme on l'a vu, fait ses preuves de ne pas vouloir servir sous ce prince ; il étoit trop bien soutenu pour lui être sacrifié : il ne resta donc que l'Espagne, aux dépens du duc de Berwick, sur lequel l'expérience funeste de ce qui étoit arrivé avec le maréchal de Marsin fît donner au prince l'autorité absolue. Ge fut une grandç joie pour lui que de continuer à commander une armée, et de la commander non plus en figure, mais en effet. Il fit donc ses préparatifs. Le Roi lui demanda qui il menoit en Espagne; M. le duc d'Orléans lui nomma parmi eux Fonlpertuis : « comment, mon neveu, reprit le Roi avec émotion, le fils de cette folle qui a couru M. Arnauld partout, un janséniste I je ne veux point de cela avec vous. — Ma foi. Sire, lui répondit M. d'Orléans, je lie sais point ce qu'a fait la mère, mais pour le fils être janséniste I il ne croit pas en Dieu. — Est-il possible, reprit le Roi, et m'en assurez-vous? Si cela est, il n'y a