‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 80 sur 311 · ARTIFICES DU MARÉCHAL DE VILLEROY · texte numérisé non relu

ARTIFICES DU MARÉCHAL DE VILLEROY

et la circonspection trop grande dont les généraux de ses armées avoient usé depuis quelque temps en Flandres avoient enflé le courage à ses ennemis, et leur avoient laissé croire qu'on craignoit de se commettre avec eux; qu'il étoit temps de les faire apercevoir du contraire, et de leur montrer de la vigueur et de la résolution ; que pour cela il avoit mandé au maréchal de Marsin de se mettre en marche de l'Alsace avec le détachement de l'armée du maréchal de Villars (qui étoit là détaillé) et de le joindre ; qu'il lui ordonnoit de l'attendre, et après leur jonction d'aller ensemble faire le siège de Lewe, de telle sorte qu'il fût formé des troupes de Marsin et, si elles ne suffisoient pas, d'un détachement des siennes, le tout commandé par le maréchal de Marsin, tandis qu'avec les siennes il (le maréchal de Villeroy *) observeroit les ennemis; que pour peu qu'ils fissent mine de s'approcher trop du siège, il ne les marchandât pas, et que s'il ne se trouvoit pas assez fort pour les combattre, il ne laissât au siège, que le nécessaire, et qu'avec le reste il donnât bataille. » Voilà exactement le contenu de cette première lettre, que le maréchal montroit par morceaux, s'avantageant du commencement, qu'il ajustoit à sa mode, sur ce qu'il s'y prétendoit piqué d'honneur, incité vivement aux partis vigoureux; mais il se gardoit bien d'en montrer le reste, qui faisoit voir si clairement que cette vigueur ne lui étoit ni prescrite ni conseillée qu'au cas que les ennemis entreprissent de troubler le siège de Lewe, bien moins de leur prêter le collet sans cette raison, et encore sans avoir reçu le renfort du maréchal de Marsin.

La seconde lettre du Roi ne consistoit qu'en raisonnements de troupes, revenant en deux mots au projet susdit, qu'elle confîrmoit tel qu'il vient d'être exposé.

La lettre du maréchal de Villeroy étoit datée de la veille de la bataille. Elle contenoit le détail de sa marche

1. C*est Saint-Simon qui a ajouté cette explication entre parenthèses.

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