‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 87 sur 311 · ACCABLEMENT DE CHAMILLART · texte numérisé non relu

ACCABLEMENT DE CHAMILLART

chées tout à coup par le tournement de têtes des généraux malheureux, épuisoient toutes les ressources d'hommes et d'argent. Le ministre, à bout de temps à en chercher, et à vaquer cependant au courant, avoit plus d'une fois représenté son impuissance à suffire à deux emplois qui, dans des temps heureux, auroient même fort occupé deux hommes tous entiers. Le Roi, qui Tavoit chargé de l'un et de l'autre pour se mettre à l'abri des démêlés entre la finance et la guerre, qui l'avoient si longuement fatigué du temps de MM. Golbert et de Louvois, ne put se résoudre à décharger ChamiUart des finances. Il fît donc de nécessité vertu, mais à la fin la machine succomba : il lui prit des vapeurs, des éblouissements, des tournements de tête; tout s'y portoit ; il ne digéroit plus ; il maigrit à vue d'oeil. Toutefois il falloit que la roue marchât sans interruption, et dans ces emplois il n'y avoit que lui qui pût la faire tourner.

Il écrivit au Roi une lettre pathétique, pour être déchargé : il ne lui dissimula rien de la triste situation de ses affaires et de l'impossibilité où leur difficulté le mettoit d'y remédier, faute de temps et de santé; il le faisoit souvenir de plusieurs temps et de plusieurs occasions oii il les lui avoit exposées au vrai par des états abrégés; il le pressoit par les cas urgents et multipliés qui se précipitoient les uns sur les autres, et qui chacun demandoient un travail long, approfondi, continu, assidu, auquel, quand sa santé le lui permettroit, la multitude de ses occupations, toutes indispensables, ne lui laissoit pas une heure à s'y appliquer; il finissoit que ce seroit bien mal répondre à ses bontés et à sa confiance s'il ne lui disoit franchement que tout alloit périr s'il n'y apportoit ce remède.

II écrivoit toujours au Roi à mi-marge, et le roi apostilloit à côté, de sa main, et lui renvoyoit ainsi ses lettres. Ghamillart me montra celle-là après qu'elle lui fut revenue ; j'y vis avec grande surprise cette fin de la courte apostiUe de la main du Roi : Hé bien ! nous 'périrons ensemble,

Saint-Simon v. 10

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