‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 127 sur 245 · LIVRE VINGT-UNIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIEME

les plus fidèles dans les cours souveraines, le corps des maîtres dfes requêtes , celui des trésoriers de France et des autres officiers ; mais comme ce travail ne put ailler si vite, je remets à en rendre compte lorsque je parlerai des effets qu'il produisit.

Je ne pus m'empêcher de faire la réflexion , d'ailleurs très-commune , qu'il faut que l'Ordre et l'économie aient des ressources infinies , lorsque je pense que , malgré les dépenses ordinaires de l'état, et celles que sa majesté faisait extraordinairement dans son royaume, malgré trois ou quatre millions qui en sortaient tous les ans pour être répandus chez l'étranger, malgré l'état d'épuisement et de ruine où le roi avait trouvé la France, ses finances et son trésor, à son avènement à la couronne , malgré des obstacles et des difficultés comme insurmontables, le gouvernement avait déjà pris un air d'opulence qui ne permettait presque plus qu'on se souvînt de sa première indigence. Aurait-on pu se figurer, dix ans auparavant, qu'en i6o5, le roi se trouverait aussi riche qu'il l'était, si l'on avait fait sérieusement attention que les sommes qu'on lui demandait lorsqu'il fut reconnu paisible possesseur de la couronne, celles dont il voyait son épargne obérée, avec tous les intérêts et arrérages de ces sommes, ne montaient k guérie moins de trois çent trente millions? Qui eût pu

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imaginer , dis-je, que tout ce qui pouvait être acquitté sur cette somme énorme, comme toutes les dettes pures et simples , le serait, et qu'il y aurait des arrangemens pris pour tout le reste , de manière que le trésor royal n'en serait plus épuisé , ni même incommodé ? C'est pourtant ce qui était arrivé , et je n'ai peut-être rien exposé aux yeux J du lecteur d'aussi intéressant dans ces mémoires qu'un état en gros des sommes particulières d'où résultait cette somme principale.

Il était dû à la reine Élizabeth, lors de son décès, tant d'argent pur prêté à Henri dans ses besoins, avancé aux troupes allemandes, et fourni par elle à l'armée envoyée en Bretagne , que pour toutes les autres sommes auxquelles avait été évalué l'entretien de tous les secours donnés au roi par les Anglais, hommes, vaisseaux, provisions pour le* siège de Dieppe, pour celui de Rouen, enfin, pendant tout le temps qu'avait duré la Ligue, la somme de sept millions trois cent soixante-dix mille huit cents livres; aux cantons suisses, tant pour leurs services que pour leur pension, y compris les intérêts, trente-cinq millions huit cent vingt-trois mille quatre cent soixante-dix-sept livres six sous ; aux états-généraux, argent prête, solde de gens de guerre, entretien de vaisseaux, poudres, vivres, munitions, etc., aussi fournis pendant la Ligue, neuf

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