LIVRE VmGT-UJVIEME
fession ; le plus petit marchand se réjouissait du profit de son trafic , et le noble lui-même faisait valoir ses revenus.
La paix, loin d'être troublée par quelques exemples de sévérité qu'avait donnés sa majesté , n'en était que plus affermie et mieux goûtée; et ''la licence qu'on avait retranchée aux gens de guerre était un avantage procuré au peuple et à la discipline militaire, sans aucun préjudice à la personne du soldat et de l'officier, exactement yés de leur solde, et de plus récompensés à proportion de leurs services, et caressés à raison de leurs talens ou de leur valeur. Les jetons que j'avais donnés à sa majesté, selon la coutume, le premier jour de l'an, représentaient un lis étendant de côté et d'autre deux fleurons répondant à deux étoiles , qui marquaient les deux pôles , avec ces mots , hi fines. C'est par de pareilles actions qu'un roi peut aspirer à la gloire d'avoir rempli cette devise.
Je ne répéterai point ce que j'ai dit au sujet des lettres de Henri. J'en trouve une si grande quan-< tité pour cette année , et sur toutes sortes de sujets, finance, commerce, politique, que je n'ai garde de les produire. J'y remarque plusieurs libéralités : trente mille livres à la reine pour ses
de la viande toutes les semaines, et de plus, mettre tous les dimanches une poule dans son pot.
ag4 MÉMOIRES DE SULLY.
étrennes ; neuf mille livres à la comtesse de Moret1 ; quinze cents livres aux femmes de chambre de la reine, et autant pour être distribué par madame de Montglat aux nourrices de ses enfans, en différentes occasions ; quatre mille aux enfans du commandeur de Chastes ; douze cents livres à Praslin, autant à Merens; trois mille livres au comte de Saint -Aignan, pour l'indemniser des frais qu'il avait faits pour la compagnie de Montigny, son beau -père; deux mille quatre cents livres à différens pensionnaires en Bourgogne, par les mains de Hector Le Breton , son commissionnaire en cette province; quatre mille livres de pension à Lognac2, capitaine réformé, pour
' Jacqueline du Beuil. Le roi l'avait faite, à la Un de l'année dernière, comtesse de Moret, faisant, dit L'Étoile, revivre en elle l'amour qui était comme éteint en la marquise. Il lui avait fait aussi épouser un gentilhomme nommé Chanvalon. Il y a dans le journal de L'Étoile quelques anecdotes sur ce sujet, mais trop licencieuses pour que nous puissions les rapporter. (Année 1604.) Mademoiselle du Beuil ou de Beuil nous est représentée dans les écrits de ce temps- là comme une fille qui n'avait pas du côté de la beauté tous les avantages de mademoiselle d'Entragues ; mais en récompense, une physionomie fine et spirituelle, une humeur extrêmement gaie, et une conversation pleine d'enjouement, que Henri IV aimait beaucoup. Il paraît que la reine ne prit point le même ombrage, ni la même aversion pour cette maîtresse que pour la marquise de Verncuil.
• Ce n'est point celui dont Henri III s'était servi pour poignarder le duc de Guise aux états de Blois. Ayant demandé à