‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 130 sur 245 · LIVRE VINGT-UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIÈME

mens publics 1 , réédifier les églises , hôpitaux et couvens ; entretenir les pavés , levées , ponts et chaussées; fabriquer grand nombre de galères sur la Méditerranée ; remplir les magasins et arsenaux ; racheter ou dégager les bagues et joyaux de la couronne, et y en joindre de nouveaux; et

• Henri le Grand a fait peindre et dorer la chapelle de Fontainebleau , percer la foret, et embellir en plusieurs autres manières cette maison royale. Il acheva le Pont-Neuf ; il fit construire la place et la rue Dauphine, redresser grand nombre de rues dans Paris , bâtir des quais , etc. Outre ce qui en est marqué en différens endroits dans ces mémoires, voyez le dénombrement de tous ces édifices dans le Mercure français, année 1610, p. 4o4 J Décade de Le Grain, liv. 8 ; Morisot, chap. 46» ainsi que dans les écrivains qui nous ont donné des descriptions, ou l'histoire des antiquités de Paris, etc. Personne n'ignore que ce grand prince , par les soins du duc de Sully, ht raccommoder les grands chemins, presque dans tous les endroits du royaume, construire quantité de chaussées et de ponts dans des.lieux impraticables, surtout du Berry, qui pouvaient disputer de beauté avec les ouvrages des Romains, mais qui, faute d'entretien depuis cent trente ans, sont aujourd'hui en fort mauvais état; qu'il ht planter le long de ces grands chemins des ormes et autres arbres, dont il en reste encore en différens endroits, où on les nomme des Rosnj. Nous avons plusieurs ordonnances de ce prince à ce sujet, et d'autres par lesquelles il est défendu de coucher les terres de labour en herbage, et ordonné d'arracher des vignes. Tous ces ouvrages, et cette application à rendre son royaume florissant, contribuèrent peut-être, autant que les exploits militaires, à mériter à Henri IV le nom de Grand, qui lui fut donne dès son vivant, et, à ce qu'il paraît, à peu près dès l'année 1602.

après tout cela, il restait encore au bout de Tannée une somme considérable à déposer dans le trésor de la Bastille1.

Et ce que j'estime bien davantage que tous ces trésors, c'est que Henri les acquit, non-seulement sans rendre le peuple plus misérable, mais en le soulageant considérablement du fardeau qu'il portait , comme on l'a vu dans ces mémoires. Il regretta toujours que la conjoncture présente ne lui permît pas de pousser plus loin les effets de sa tendresse pour ses sujets. Si les ennemis de son gouvernement n'en convenaient point , si même on leur voyait publier tout le contraire , il n'en est pas moins vrai que l'abondance commençait à se faire sentir par tout le royaume , et que , délivré de tous ses tyrans dans la finance, la noblesse et la milice, le paysan ensemençait et recueillait en assurance 2 ; l'artisan s'enrichissait de sa pro-

1 La part qu'a eue le duc de Sully dans tout cela lui a mérité cet éloge singulier dans le Mercure français, année 1616, page 101 : « Comme il s'est acquitté au bien et à l'utilité de la « couronne de France, en ces états et charges-là, plus qu'au- « cun de ceux qui l'ont précédé, tous les Français l'ont re- « connu et du vivant et après la mort de sa majesté, et bien « qu'il n'ait été exempt de la calomnie par ses envieux, si est-ce « qu'il faut avouer qu'il a été et le Joseph de notre roi et celui « de la France. »

a La tendresse de ce bon prince pour ses peuples paraît par ce dicton de lui , qui s'est conservé par une espèce de tradition, qu'il ferait en sorte que le plus pauvre paysan pût manger

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