LIVRE VINGT-UNI RIO
jeter par son ordre les fondemens de nouveaux édifices pour ses tapisseries , dans la place du Marché aux chevaux. On ne pouvait donner à ces édifices toute l'étendue convenable sans prendre un peu sur le jardin de Montmagny , qui y fit ses oppositions. Henri voulut qu'on lui donnât tout ce qu'il lui demanderait , en remarquant pourtant que , lorsqu'il est question de l'utilité publique , un particulier doit s'en rapporter au prononcé des experts qui sont nommés à ce sujet. Sa majesté fit venir des pays étrangers les Comans et les Laplanche, pour leur confier le soin et l'intendance de ces manufactures. Les nouveaux directeurs ne furent pas long- temps sans se plaindre , soit qu'ils trouvassent que le profit ne répondait pas à leurs espérances , ou qu'ayant fait des avances considérables , il leur fût difficile de les retirer. Le roi se déchargea de leur importunité sur moi , et me commanda de faire en sorte qu'ils ne se ruinassent ni ne s'enrichissent trop.
L'attention de ce prince à ménager toutes les puissances qui pouvaient un jour prendre intérêt à ses grands desseins paraît aussi dans ses lettres, comme dans toute sa conduite , soit dans l'exactitude à remplir tous les devoirs de la politesse , ou du simple cérémonial , soit dans la manière de traiter leurs ambassadeurs et envoyés , de les ga-
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gner par des dépenses et des libéralités faites à propos , et , ce qui est un service plus considérable encore , de les concilier entre eux , en terminant leurs différends, et en commençant dèslors à exercer à leur égard la fonction d'arbitre de l'Europe. Sa majesté m'envoya une lettre de compliment toute ouverte , qu'elle crut devoir à la duchesse des Deux-Ponts, en m'ordonnant delà faire porter par un gentilhomme à moi , et de l'accompagner d'un présent de douze ou quinze cents écus au moins , auquel cette princesse se montra fort sensible dans la lettre de remercîment qu'elle lui écrivit. Le duc de Bar ayant consulté Henri sur le mariage qu'il destinait de faire avec la princesse de Mantoue , et qui fut tenu encore longtemps secret , ce prince voulut bien se charger d'en porter la parole au duc de Mantoue , et lui dépécha aussitôt un courrier extraordinaire, quoique sur cet article il portât si loin l'épargne , qu'il fit une espèce de reproche à son ambassadeur à Rome de lui envoyer trop souvent des courriers , et qu'il lui manda de ne plus le faire. Lorsque l'ambassadeur de la république de Venise prit congé de sa majesté , au mois de novembre , il reçut par mes mains un présent considérable; j'en fis même un à son secrétaire. L'envoyé du duc de Holstein , nommé Guinterot , ne s'en retourna pas moins satisfait. Je lui fis voir l'arsenal