LIVRE VINGT-UNIÈME
et tous les magasins du roi; et afin qu'il s'en souvînt mieux, je lui fis présent, suivant l'intention de sa majesté, d'une paire de ses plus belles armes pour le prince son maître.
La mort de Clément VIII 1 arriva la nuit du 3 au 4 mars , et elle fut aussitôt mandée en France
1 L'Étoile, qui n'est pas suspect, lorsqu'il parle en bien du pape el des catholiques, confirme tout ce que Sully a dit en différens endroits de ces mémoires à la louange de Clément VIII. « Pape pacifique, dit-il, et bon Français. Ceux de « la religion même ne le haïssaient pas, s'étant toujours com- « porté en leur endroit fort gracieusement, et plus que pas un « de ses prédécesseurs, jusqu'à leur octroyer des passeports, « pour aller et venir librement à Rome ; ce qu'on ne trouve « point avoir jamais été fait par aucun pape. Quand il mourut, «et long-temps auparavant, ce n'était plus de lui qu'une « masse de chair, étant perclus de corps et d'esprit, ayant « les mains mêmes toutes pourries et crevées; si que quand « on lui venait baiser les pieds, qui étaient bien puans, au- « tant que tout le reste de son corps, il lui fallait soulever les « mains pour donner la bénédiction. » Journal du règne de Henri IV.
Pierre Matthieu en parle avec toutes sortes d'éloges, t. a, liv. 3 , p. 3a8 ; et liv. 3 , p. 696 , ainsi que tous nos meilleurs écrivains, qui ne lui reprochent d'autre défaut qu'un peu trop d'attachement à sa famille. On disait de lui : « Clément VIII, « bon homme, bon prélat et bon prince, » par opposition à ses trois prédécesseurs, Pie V, Sixte-Quint et Grégoire XIII, dont le premier n'était, disait-on , que bon prélat; le second, que bon prince, et le troisième, bon prélat et bon prince. Amelot de La Houssaye, note 3,surla3ne lettre du cardinal d'Ossat.
par un courrier que mon frère dépêcha vers le roi alors à Chantilly , et par les lettres qu'écri virent en même temps les cardinaux français auxquels sa majesté avait fait prendre le chemi de Rome dès Tannée précédente , et qui y furent suivis par le cardinal du Perron à la fin de la même année.
La liaison que j'ai toujours eue avec ce cardinal me fit entretenir avec lui un commerce de lettres pendant tout le temps qu'il demeura audelà des monts. Il me donna avis de son arrivée par une lettre du 28 décembre 1604, et il m'en écrivit une seconde le 6 février suivant. Si je l'en crois , j'avais gagné l'amitié de tout le consistoire romain , qui ne pouvait se lasser de louer mes procédés avec le clergé, et dans tout ce qui concernait les affaires de l'Église. J'avais surtout dans la personne du cardinal Bufalo , depuis la négociation que nous avions traitée ensemble , un ardent panégyriste à Rome. Je lui avais écrit depuis son départ de Paris une assez longue lettre, qu'il montrait à tout le monde, pour se faire honneur des sentimens qu'on lui connaissait pour moi. Je ne rapporterai point toutes les choses flatteuses dont est pleine cette lettre du cardinal du Perron. Je n'ai eu intention dans ce que je viens d'en citer , que de faire voir que , grâce au ciel , je n'ai jamais eu ce zèle amer et emporté qu'inspire la