‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 135 sur 245 · LIVRE VINGT-UNIEME. 3oi · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIEME. 3oi

différence de religion. Le changement de la mienne j était un point dont les cardinaux entretenaient sans cesse du Perron , comme le souhaitant tous avec la même ardeur. Le cardinal Àldobrandin lui dit plusieurs fois qu'il ne célébrait jamais la 4 messe sans se souvenir de moi au mémento. Le S pape lui parla à peu près dans les mêmes termes , lorsqu'il fut conduit à son audience par Bé thune. Il l'entretint long -temps sur mon chapitre, et particulièrement sur les moyens d'opérer ce qu'il appelait, suivant le langage de Rome, ma conver- . Il est assez extraordinaire que la justice qu'un ministre ne peut obtenir que ses compatriotes rendent à son désintéressement et à la droiture de ses intentions lui soit rendue par des étrangers , qui ont une aussi grande raison de le haïr. En me faisant ce détail sur les cardinaux , du Perron me parlait comme eux du désir qu'il avait personnellement que j'achevasse de m'unir avec des personnes qui me voulaient tant de bien, « n'ayant « pas , ce sont ses termes , plus d'amis à Genève

Rome. »

« que j en

Il ne m'était guère moins sensible de lui voir rendre ce témoignage à mon frère , qu'il avait si bien gagné le cœur des ultramon tains, « qu'au- « cun cavalier français, depuis cent ans , disait -il, « n'avait acquis autant de réputation dans toute

« l'Italie » 11 s'exprimait avec autant de louanges que tle reconnaissance sur la politesse qu'avait eue Béthune de venir au-devant de lui, à son ap-proche de Rome, jusqu'à neuf lieues , avec le plus ; honorable cortège de noblesse française et ro* maine.

Le roi avait enjoint sur toutes choses à ses cardinaux de ne pas perdre de vue ce que l'intérêt; de la nation demandait deux dans la conjoncture de l'élection d'un nouveau pape2. Cette injonction leur fut encore réitérée, lorsque, parles lettrès qu'apporta un second courrier de Rome , arrivé à Paris le 28 mars, on sut que, suivant toutes les apparences, le conclave serait un peu orageux, par la grande quantité de sujets qui briguai tiare, et qu'on en trouvait en effet tous dignes. Cependant cette difficulté fut si facilement et si promptement levée, que, deux jours après l'arrivée de ce courrier, c'est-à-dire le vendredi jour d'avril, à huit heures du soir, le saint-siége fut rempli par le cardinal de Médicis, appelé autrement le cardinal de Florence, qui

• Cet éloge paraît n'être point outré. P. Matthieu, parlant des services que le comte de Béthune rendit au roi à Rome, l'appelle un grand homme pour cette cour. (Tome, a, liv. 3,

p. 681.) Siri en parle partout de même.

' Voyez le détail des deux conclaves ibid. 698, et autres historiens.

ns dans Matthieu ,

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