‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 162 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIÈME

L'assemblée générale des protestans à Châtellerault était déjà ouverte lorsque le roi reçut une lettre du duc de Bouillon, qui lui fut apportée d'Allemagne par un nommé Russy. Bouillon y donnait avis à sa majesté qu'il se traitait actuellement d'une ligue contre la maison d'Autriche, entre des princes d'Allemagne, dont aucun n'était désigné dans la lettre; et que ces princes, cherchant à se fortifier de la puissance et des secours de sa majesté, avaient jeté les yeux sur lui pour le rendre médiateur entre elle et eux. Il promettait de leur part une pleine garantie au roi et au royaume; et de la sienne, il offrait, avec une effusion de sentimens les plus nobles , de servir , dans ce dessein , de sa personne et de toutes ses forces, paraissant charmé d'avoir trouvé l'occasion dont Montluet l'avait souvent entretenu , lorsque, lui écrivant de la part du roi, il lui mandait que c'était par des services réels et solides , et non par de simples paroles , qu'il pouvait désormais persuader ce prince de la pureté de ses intentions.

Henri ne se sentit pas fort ému , à la réception

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de cette lettre , en faveur du duc de Bouillon , ni fort touché du prétendu projet. Loin d'accepter une offre en apparence si favorable à ses desseins, il craignit d'y mettre un obstacle insurmontable par trop de précipitation. D'ailleurs le piège que lui tendait Bouillon était trop grossier pour qu'on pût y donner; nulle apparence que les princes d'Allemagne chargeassent le duc de Bouillon d'un rôle de médiateur et de conciliateur, lui que personne n'ignorait faire celui d'accusé au conseil de France. Aussi Henri se contenta-t-il de répondre à Russy que l'avis n'était pas complet , et qu'il venait trop tard. Bouillon ne se serait assurément rien promis de ce jeu, s'il avait su qu'il était tombé en même temps entre les mains de sa majesté une autre lettre qu'il écrivait aux protestans assemblés à Châtellerault. Il faut aussi en faire part. C'est une espèce de réponse à celle qu'on vient de voir qu'il avait reçue, et c'est au même , c'est-à-dire à Saint-Germain-de-Clan , qu'on sut qu'il voulait la faire remettre. Quoique dans le corps de la lettre il parlât de Saint- Germain comme d'une tierce -personne , on comprendra encore mieux que cette autre lettre, écrite d'Allemagne, n'avait apparemment pour but que d'engager sa majesté à traiter plus favorablement Bouillon à l'assemblée, ou de lui fasoiner les yeux sur sa conduite.

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