‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 163 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIÈME

Le duc de Bouillon n'oubliait pas dans cette lettre sa qualité de chef de parti , puisqu'il l'écrivait comme pour servir de règle aux opérations de l'assemblée. La nomination des députés est l'article qu'il traite premièrement et principalement. Il expose son sentiment sur chacun de ceux qui pouvaient prétendre à cette charge, comme étaient La Noue , Duplessis , Bellujon , et Saint- Germain lui-même, en faveur duquel Bouillon donnait son suffrage pour être continué dans l'emploi ( car il en sortait ) , jusqu'à exhorter qu'on réunît tous ses efforts pour faire réussir ce choix. Il donne de grandes louanges à La Noue, mais il veut qu'on lui préfère Saint-Germain. L'emploi que le premier exerçait à Genève utilement pour la religion offre un prétexte honnête de l'exclure de la députa tion, sans qu'il puisse s'en tenir offensé. Pour Duplessis, il en parlait comme d'un homme trop opiniâtrément attaché ;i son sens , capable d'ailleurs de se faire écouter et respecter de Lesdiguières , ce qui paraissait un point si important au duc, qu'il fait presqu'un crime du contraire à Bellujon. Celui-ci avait de l'esprit et de la circonspection, en un mot, le moins de défauts et le plus de titres, après Sairtf- Germain, pour aspirer à la députa tion; surtout son union avec Saint-Germain pouvait produire des merveilles; mais son attachement à Lesdi-

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guières lui restait comme une tache dans l'esprit de Bouillon, qui aurait mieux fait de dire nettement qu'il était jaloux de la réputation que Les diguières s'était acquise dans le parti. Un autre défaut que le duc trouvait également, et sans exception, dans tous les prétendans, c'est l'esprit d'intérêt qu'il comptait pour rien , à cause de cette généralité.

Bouillon vient ensuite à parler de lui-même : la vanité avait dicté cet article tout entier. 11 donne avis à Saint-Germain que le bruit court en Allemagne que le roi le recherche d'accommodement , et doit lui envoyer incessamment à cet effèt Parabère et Montluet. Pour ôter tout soupçon qu'il en imposât à cet égard , Bouillon lui envoie ime lettre, qu'il dit que Montluet lui a écrite pour le convier à chercher quelques personnes . qui puissent les rapprocher Henri et lui. De tout cela Bôùillôn tiré millê conséquences sur la considération qu'on a pour lui en Allemagne , sur l'utilité dont il est au parti protestant, sur Jes craintes qu'il inspire au roi et à sort conseil. Jtt veut bien rassurer ses confrères sur celle qu'ils pourraient avoir qu'il n'écoutât à' la fin les propositions que lai fait sa majesté, par la persuasion où il est qu'elles ne sont qu'un piège pour lui faire perdre l'autorité qu'il s'est acquise parmi le peuple. Il touche l'article d'envoyer quelqu'un de sa part à

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