‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 17 sur 245 · LIVRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIÈME

plus propre à prévenir les suites de cette affaire, et la chose aurait peut-être réussi avec toute autre personne que Rafis.

Celui-ci, en recevant son abolition, que sa majesté lui fit envoyer avec une acceptation de ses ^ v propositions, remarqua qu'elle n'était point signée de Loménie, auquel sa majesté l'aurait remise naturellement, si elle ne lui avait été proposée par un , autre canal; et concluant de là qu'elle avait passé par le bureau de Villeroi, il courut incontinent chez l'ambassadeur, et se plaignit à lui qu'il lavait trompé. Il ne lui fit plus mystère de rien. Il lui apprit pour quelle raison il l'avait pressé de s'adresser directement à sa majesté, et à Villeroi moins qu'à tout autre. Il lui donna tous les éclaircissemens qu'il avait promis sur les menées de L'Hote. Cela fait, et en peu de mots, il dit à Barrault que, pour parer, s'il en était temps encore, le danger où il se trouvait à Madrid, il ne trouvait point d'autre moyen que de tâcher de gagner au plus vite les terres de France; et il monta en effet à cheval dans l'instant même, dont bien lui prit, car dès le lendemain matin la maison où il demeurait fut investie par des archers, et l'on fit courir après lui en toute diligence, pour le joindre avant qu'il eût atteint la frontière. Mais Rafis échappa heureusement, ou plutôt grâce à la grande diligence qu'il

fit avec Descartes , secrétaire de Barrault , que l'ambassadeur lui donna pour l'accompagner et pour le présenter en France. Ils ne se reposèrent point qu'ils ne se vissent à Bayonne, d'où, continuant leur route sans perdre de temps, ils vinrent à ^ Paris, et de là à Fontainebleau, où on leur avait dit qu était sa majesté.

Ils rencontrèrent en chemin Villeroi, qui se rendait aussi de Fontainebleau à sa maison de Ju- . visy, et ils ne crurent pas devoir lui rien cacher. Ils le prièrent même de faire toujours arrêter son commis par provision; et afin d'avoir seuls tout l'honneur de cette affaire, ils lut offrirent de retourner à Paris, et de l'arrêter eux-mêmes. Villeroi, après les avoir entendus, ne goûta ni leur proposition, ni l'offre qu'ils faisaient de leurs personnes : c'est un trait d'une fort grande imprudence, il faut en convenir;, maisons doute qu'il s'imagina que L'Hôte ne pouvait échapper. Il dit aux deux courriers que ce commis, qu'il avait laissé à Paris, devait venir le trouver le lendemain , qu'il serait assez tôt pour lors de s'en assurer; qu'aussi-bien , il croyait qu'il était nécessaire d'en parler auparavant à sa majesté ; qu'ils ne risquaient rien, pourvu qu'ils gardassent un profond silence. Ce procédé les surprit et les mécontenta au dernier point; mais c'était à eux à obéir. Ils lui

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