LIVRE DIX-SEPTIEME
pensés par une bonne pension , que cette cour lui faisait, ce qui dura jusqu'à ce que le conseil d'Espagne ayant su tirer d'ailleurs des lumières plus sûres que de Rafis, il s'aperçut, par le mépris qu'on commençait à témoigner pour lui à Madrid, et par le retranchement de ses gratifications, que so*h crédit venait de tomber tout d'un coup. Il en " pénétra la véritable cause, et à l'instant , changéant de batterie, il ne s'occupa plus qu'à découvnr quel était le traître en France qui venait ainsi s'enrichir de son bien; ne faisant point de doute que, s'il y réussissait, cette découverte lui vaudrait son rappel dans sa patrie, qu'il n'avait point perdue de vue, et peut-être mieux que ce qu'on lui ôtait en Espagne.
Les gens nourris dans l'intrigue ont des talens pour ces sortes de choses que les autres n'ont pas. Rafis s'accosta d'unjautre Français domicilié en Espagne, nommé tîean Blas, qui lui apprit comment L'Hôte avait abusé de la confiance de son premier maître. Rafis, frappé de cette idée, s'attacha comme par instinct sur cet homme , et , s'étant fait instruire par d'autres endroits qu'il était actuellement l'un des secrétaires de Villeroi , tout éloigné qu'il était, sa seule pénétration lui dévoila ce qui demeurait caché à tant d'autres qui étaient sur les lieux mêmes.
Le soupçon qu'il avait s'étant tourné en certiiv. 3
tude, il alla trouver Barrault, et lui offrit de lui faire connaître le traître dont il se plaignait, et qu'il se donna bien garde de lui laisser seulement soupçonner, à condition , si son avis se trouvait vrai, qu'on lui accorderait une abolition en forme et une pension honnête. L'importance du sujet fit que Barrault n'hésita pas à lui promettre l'un et l'autre. Rafis exigea encore de Barrault , et cela en vue de sa propre sûreté , qu'il prendrait sa commodité , et que, lorsqu'il écrirait en France sur les propositions qu'il venait d'entendre , il ne s'adresserait qu'au roi lui-même; mais Barrault ne prit ces dernières paroles que pour un excès inutile de précaution, qui n'excluait pas la communication avec les principaux ministres de sa majesté, et ce fut à Villeroi lui-même qu'il s'ouvrit de l'offre et des propositions de Rafis. Villeroi , qui ne se* doutait point que' le traître dont on lui parlait était dans son propre bureau, renvoya promptement la dépèche au roi. Pour L'Hôte, qui visa droit au but , en ouvrant avec son maître ce paquet de Barrault, il fit ses réflexions sur cet avis important, et prit le parti que Rafis avait justement appréhendé , c'est d'écrire à l'heure même à ses correspondans en Espagne, afin qu'ils prissent, sans perdre de temps, toutes les mesures nécessaires pour empêcher Rafis d'en dire davantage; c'est tout ce qu'il imagina de plus sûr pour lui, et de