LIVRE DIX-SEPTIÈME
n'en retardai pas d'un seul moment mon départ pour Paris , où je reçus le lendemain une lettre de sa majesté, qui chargea Descartes de m'instruire de sa part, en me la rendant, de tout ce qui s'en était suivi. Puisque je me trouve engagé à en informer le public, afin qu'il ne me soit point reproché d'appuyer les relations que les ennemis de Villeroi en ont faites, je suivrai pour ce qui me reste à dire le détail qui en a été fait dans l'apologie de sa conduite, qu'il s'est cru obligé de rendre publique1. Voici comment il y rapporte la suite de ce fait, après qu'il a exposé à son avantage ce qui se passa depuis le moment où il parla aux deux courriers jusqu'à celui où il alla trouver le roi.
En rentrant chez lui, Villeroi trouva l'évéque de Chartres et quelques autres personnes de distinction qui l'attendaient , et qui l'arrêtèrent fort long-temps dans son cabinet, parce qu'il était question entre eux de ce qui devait s'observer dans» la cérémonie prochaine de l'ordre de la Jar-
* Voyez l'original de cette apologie dans les Mémoires d'état de Villeroi , t. i, p. 5aa ; la date en est du 3 mai. On ne saurait douter qu'elle n'exprime fidèlement les senti mens et les démarches de ce secrétaire d état, le récit étant exactement conforme à celui de de Thou, de la Chronologie septénaire, de Matthieu, et de ce que nous avons d'historiens de ce tcmpvlà les plus dignes d'être crus.
retière; ce qui fit que, quand Descartes monta à , son appartement pour lui donner avis que L'Hôte . * venait d'arriver de Paris avec Desnots, il n'osa entrer, par respect pour cette compagnie. L'Hôte, salué tout d'abord de la nouvelle des deux courriers arrivés d'Espagne, garda assez de présen ? d'esprit pour ne paraître que médiocrement troublé de ce contre- temps. Il feignit d'avoir besoin de manger un morceau dans la cuisine, mais il ne fit qu'y passer. Il donna le change au maîtred'hôtel en lui disant que c'était à l'auberge qu i! voulait aller se rafraîchir y afin de s'y débotter en même temps, et de se mettre en état de paraître devant son maître. Villeroi s'étant informé, après que sa compagnie l'eut enfin quitté, où était L'Hôte, et lui ayant été répondu qu'il était dans les offices, comme tout le monde en était persuadé, il crut ne pouvoir; mieux faire que d'envoyer un domestique dire à son maître-d'hôtel qu'il entretînt L'Hôte, -et qu'il ne le perdît point de vue, et de sortir lui-même pendant ce temps-là pour aller prier Loraénie de lui donner du Broc, lieutenant du prévôt, par lequel il comptait le faire saisir. Il ramena Loménie lui-même , et alla se placer avec lui à une fenêtre qui donnait sur la cour, où le coup devait s'exécuter; précautions trop tardives! L'Hôte s'était déjà évadé.