‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 20 sur 245 · LIVRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIÈME

» Quelqu'un qui jugera assez favorablement de .Villeroi pour l'en croire sur sa parole dans ce * récit, se récriera peut-être ici du moins sur la lenteur avec laquelle il trouvera que ce secrétaire d'état exécute des ordres qu'il vient de recevoir dvi, la bouche du roi , et d'un ton aussi absolu que pressant. Il serait bien plus coupable encore, si milve circonstances de l'évasion de L'Hôte, publiées par Descartes et Rafis , qui ne se trouvent point dans son apologie, étaient vraies. Certainement il y aurait de l'injustice à croire tout ce qui fut publié à cette occasion contre Villeroi Ses ennemis avaient un trop beau champ pour n'en pas tirer avantage ; les protestans surtout le peignirent avec des traits tout-à-fait odieux : c'est une vengeance qu'ils ne purent se refuser de ce qu'il avait contribué plus que personne à enlever autrefois le roi à leur religion. Mais , d'un autre côté, il ne faut pal* le disculper, comme faisaient ses dévoués partisans, jusqu'à ne trouver rien de répréhensible dans sa conduite. Tous ceux qui m'étaient attachés dirent hautement que, si pa-

• De Thou marque que Villeroi ne tut pas en effet exempt de soupçon; mais il dit en même temps que Henri IV, loin de s'en laisser prévenir, le consola dans ce malheur. (Liv. i3a ) P. Matthieu assure même que Henri IV connaissait trop bien la fidélité de ce ministre pour concevoir le plus petit soupçon contre lui. Tome 2, liv. 3 , p. 6^7.

4* MÉMOIRES DE SULLT.

reille chose était arrivée dans ma maison, la médisance se serait bien autrement déchaînée contre . moi. Les ambassadeurs étrangers en France et le nonce du pape même vinrent me trouver à Paris, et dirent que, si, après une pareille découverte, il fallait que leurs dépêches passassent encore par les mains de Yilleroi, leurs maîtres n'oseraient plus rien y mettre de quelque importance. «

Pour achever ce qui regarde la personne du traître, tout ce qu'on put faire, fut de détacher après lui des archers , qui le poursuivirent de si près, qu'étant arrivé sur le bord de la Marne, assez près du bac de Fay , avec un Espagnol qui l'accompagnait , il ne vit plus d'autre moyen de se dérober à leur poursuite qu'en se jetant dans la rivière, qu'il comptait peut-être passer à la nage ; mais il s'y noya. L'Espagnol aima mieux se laisser prendre, et il fut ramené à Paris, avec le corps de L'Hôte qu'on retira de l'eau. Villeroi parut très-véritablement fâché qu'on n'eût pu saisir son commis vif. Il avait raison ; c'était le seul moyen de fermer la bouche aux médisans. Il fut le premier à me proposer, en m'écrivant sur cette affaire, de traiter le cadavre 1 avec la dernière

* Les chirurgiens qui firent la visite du corps conclurent tous, si nous en croyons L'Étoile, qu'il n'avait point été noyé; et comme il ne paraissait point non plus qu'il eût été poignardé,

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