LIVRE VINGT-TROISIÈME
Le roi et la reine se trouvant à Paris le premier jour de cette année , j'allai au Louvre dès le matin pour leur rendre les devoirs , et offrir les présens accoutumés. Je ne trouvai pas le roi dans sa chambre. L'Oserai et Armagnac me dirent qu'il était couché avec la reine dans la chambre de cette princesse , et qu'apparemment ils dormaient encore tous deux, parce que l'incommodité de la reine les avait tenus éveillés presque toute la nuit. Je passai à l'appartement de la reine, pour savoir de La Renouillère et de Catherine Selvage l'état de la santé de leurs majestés, et je grattai le plus doucement que je pus , pour ne pas les éveiller. Plusieurs voix qui s'élevèrent en même temps en demandant qui est là ? et que je reconnus pour celles de Roquelaure , Frontenac et Béringhen , me firent voir qu'il y avait déjà du monde; et après que je me fus nommé , j'entendis qu'on disait au roi : «Stre, c'est M. le grand-maître. Ve- « nez, venez, Rosnyi venez, me cria ce prince, « vous allez dire que je suis bien paresseux; mais « vous ne le croirez plus lorsque vous saurez ce « qui nous retient si tard au lit. Ma femme, —: iv. 18
« croit être sur son huitième mois, ayant eu quel- « ques tranchées en se couchant , j'appréhendais « qu'elle ne fit une mauvaise couche ; mais enfin , « sur le minuit, tout cela s'est passé en vents, tel- « lement que, nous étant tous deux endormis , « nous ne nous sommes réveillés que sur les six « heures; mais, de sa part , avec des gémissemens, « des soupirs et des larmes auxquelles elle donne « des causes imaginaires , que je vous dirai lors- « qu'il n'y aura plus ici tant de gens, car vous ne « manquerez pas d en dire votre râtelée; et à mon « avis, vos conseils ne nous y seront pas inutiles , « non plus qu'ils ne l'ont été dans de semblables « occasions. Mais, en attendant que tant de gens « soient sortis, voyons un peu tout ce que vous « nous apportez pour nos étrennes, car je vois « que vous avez là trois de vos secrétaires avec « des sacs de velours. Cela est vrai, Sire, lui ré- « pondis-je, je me suis souvenu que la dernière « fois que je vous ai vus ensemble, vous et la « reine, vous étiez tous deux de fort bonne hu- « meur, et croyant que je vous y trouverais encore, « dans l'espérance d'avoir un second fils , je vous « suis venu apporter plusieurs étrennes qui vous « feront plaisir, par celui qu'elles donneront aux « personnes auxquelles je les ferai distribuer en « votre nom, et je souhaite que ce soit en votre « présence et en celle de la reine. Quoiqu'elle ne