‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 201 sur 245 · LIVRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIÈME

ploieraient pour cet effet ceux qui s'attachaient à servir plutôt leur véritable intérêt que leur dépit. Cette ouverture fut saisie aussitôt, et d'une * * commune voix par tous les deux ; et l'on m'obligea de proposer ces moyens, la reine disant qu'elle était résolue de s'en servir , et le roi qu'ils seraient toujours fort de son goût. Je déclarai donc franchement à leurs majestés, après les avoir fait convenir que tout autre remède n'aboutirait qu'à parler et agir aussi inutilement qu'on avait fait jusqu'à présent, qu'il ne leur restait,qu'une seule chose à faire pour être une bonne fois défaits «de toutes les causes de ces brouilleries ; c'est que, puisqu'elles se défiaient , et avec raison ;s de leur fermeté à prendre et à soutenir un parti, il fallait avoir recours à une personne qu'elles.en jugeraient plus capable, transporter tous leurs droits à cette personne, se cacher à elles-mêmes tout l'intérêt qu'elles avaient dans cette affaire , enfin gagner sur soi d'agir pendant^et après la décision comme si elles avaient véritablement cessé d'y prendre aucune part. Je leur conseillai de choisir un homme assez ferme pour ne se laisser ébranler par aucune considération , et capable d'un attachement à leurs personnes assez pur et assez désintéressé pour oser s'en servir, en violentant, s'il le fallait, leur inclination.

Je me montrai fort éloigné de briguer cet em-

ploi, qui, en effet, n'était pas fort agréable; mais je déclarai à leurs majestés, que, si c'était sur moi qu'elles jetaient les yeux, il fallait qu'elles commençassent par les fermer absolument sur tous les moyens qu'elles me verraient employer , et que, pour m'assurer que mon ouvrage ne serait point détruit par quelque retour de faiblesse, elles s'obligeassent de la manière la plus forte, accompagnée même d'un ordre absolu, de n'apporter aucun empêchement à tout ce que je ferais, et de n'en conserver aucun ressentiment, supposé que l'une des parties, ou peut-être toutes les deux, eussent quelque violence à se faire sur le remède dont je nie servirais. Je crois qu'on devine sans peine quel aurait été ce remède 1 , et je puis dire qu'en ce. cas nulle considération humaine n'aurait été capable de m'arrêter ; mais je me doutais bien qu'on ne me laisserait pas venir jusque là. Le roi repondit pourtant qu'il était prêt à signer cet engagement , et à me revêtir de toute l'autorité nécessaire; mais, pour la reine, se voyant pressée, elle n'osa franchir le pas; elle dit qu'elle voulait y penser plus mûrement , ou que je lui disse ce que je prétendais faire. Elle ne l'ignorait pas , non plus que le roi; qpais elle fut effrayée

' Sully l'a fait connaître précédemment dans le conseil qu'il donna au roi de faire passer les monts à quatre ou cinq personnes , et la mer à autant, pour me servir de ses termes.

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