LIVRE VINGT-TROISIEME
des suites du compromis. Nous ne fîmes plus après cela que discourir en l'air sur cette matière; j'appelle ainsi agiter sérieusement ces frivoles projets de cour, déjà si souvent épuisés. Je ne m'y prêtai que par pure complaisance pour leurs majestés, qui exigèrent ces nôuvelles démarches de ma part. Je me retirai lorsque la reine demanda sa chemise , et que le roi appela pour se faire habiller.
Le roi et la reine me rendirent mes étrennes par des présens considérables pour mon épouse et pour moi. Nous en reçûmes aussi de la reine Marguerite. Le premier jour de l'année, celui des rois , et tout le temps que sa majesté séjourna à Paris, se passa en festins, mascarades et divertissemens de toute espèce. Le 10 janvier, ce prince vint à l'Arsenal , par un fort beau temps, voir une course de bague faite avec de grands préparatifs.
La fête finie, le roi me mena dans la grande allée des jardins , où , s'étant arrêté sur le mur du balcon , je vis avec beaucoup de plaisir qu'il commença à m'entretenir très-sérieusement de ses desseins politiques à l'occasion de mes jetons, dont il me dit que la devise avait été fort goûtée. Je m'apercevais déjà depuis quelque temps que Henri se laissait frapper de plus en plus de la nécessité et de l'importance de cette exécution politique , et que chaque jour lui levait un nouvel
obstacle. Il me disait souvent que Philippe III n'avait guère profité des sages conseils de Philippe II , son père , de regarder comme des chimères ces fastueuses idées de monarchie universelle , dont ses prédécesseurs s'étaient entêtés ; que tous les procédés de ce prince montraient bien qu'il n'y avait pas encore renoncé , et qu'aucun des princes de la chrétienté ne serait exempt d'insulte de sa part , jusqu'à ce qu'on eût fait sentir à cette orgueilleuse monarchie toute son impuissance, en frappant ce grand coup, dont il m'avoua que la pensée que je lui en avais fait naître , et que j'avais communiquée au roi d'Angleterre , n'avait pas toujours fait sur son esprit toute l'impression qu'elle méritait. Je crois que ce qui contribua le plus à produire cet effet, furent les procédures faites l'année précédente par la chambre des grands jours, qui, en découvrant . toutes les sourdes pratiques de l'Espagne, avaient considérablement augmenté l'aversion naturelle de Henri pour cette couronne.
Mais je puis dire aussi que la résolution où je voyais ce prince était en grande partie le fruit de tous les entretiens que nous avions eus ensemble sur ce sujet. Eh! quèl est le prince tant soit peu sensible à sa gldire qui, en songeant à tout ce qu'une avarice et une ambition insatiables ont fait entreprendre dans ces derniers temps à la maison