‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 232 sur 245 · LIVRE VINGT-TROISIÈME. 5o · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIÈME. 5o

sur la fin de Tannée. Sa majesté , à qui je me donnai l'honneur d'en écrire, eut la bonté de me faire espérer qu'elle pardonnerait au duc, et de me donner même les moyens de lui ménager ce pardon , en lui amenant le coupable , après l'avoir prévenu par mon fils, soit chez moi , soit en quelque autre maison, de ce qu'il avait à faire pour se rendre son roi favorable, et pourvu que Rohan n'attendit pas à ce moment à rendre public le regret qu'il avait de sa faute : quant à la manière dont il le traiterait, et à celle dont il exigerait quil se comportât ensuite avec le parti protestant, sa majesté remit à son arrivée à Paris à s'en expliquer avec moi. Pour Soubise, comme c'était du moins après en avoir demandé la permission au roi, qu'il avait passé en Flandre, sa majesté lui permettait de l'attendre à Paris, ou devenir le trouver à Fontainebleau.

Il était survenu de nouveaux troubles à la Rochelle , entre les protestans et le clergé de cette ville , sur l'étendue et l'exercice des droits dont celui-ci devait jouir. A entendre les uns et les autres, ils avaient tous sujets de se plaindre; les ecclésiastiques, de ce que leurs adversaires se faisaient souvent justice par les voies de fait, toujours défendues; les réformés, de ce que le clergé surprenait sans cesse des arrêts du conseil pour s'autoriser à en faire beaucoup plus qu'il ne lui était

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permis. Tous demandaient également un arrêt décisif. Le roi comprit qu'un arrêt ne ferait qu'aigrair davantage les esprits, et il voulut que je fisse en cette occasion l'office de conciliateur. Je commençai par leur représenter séparément leurs véritables intérêts ; et après m'étre assuré de leur obéissance, je leur dictai les articles d'accommodement suivant, qui feront connaître de quoi il s'agissait entre eux.

Que les protestans n'interdiraient point aux ecclésiastiques les visites dans les hôpitaux et les prisons, ni même la confession, pourvu que cela se fît sans aucun appareil, principalement celui de porter l'hostie dans ces endroits; que le clergé n'avait aucun droit d'assister en corps aux enterremens et cérémonies publiques , ni d'y porter la croix , non plus que d'accompagner les criminels au supplice ; qu'il ne serait fait aux ecclésiastiques aucun mauvais traitement , de fait ni de paroles , lorsqu'ils passeraient dans les rues avec les habits de leur état ; que les protestans n'apporteraient aucun empêchement à la construction de l'église que le clergé devait bâtir , d'autant plus que des commissaires nommés leur en avaient désigné la place , pourvu que cette place ne fût ni incommode, ni suspecte à la ville; auquel cas, on leur en assignerait une autre, ou on laisserait ce point à décider au roi dans son conseil. Je réglai aussi

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