‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 242 sur 245 · LIVRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIÈME

qu'il m'en souvient, quelques autres vérités sur la religion et la politique, et sur le malheur dont je. voyais la France menacée lorsqu'elle perdrait son roi, qui plurent, je crois, encore moins aux cour» tisans que ce que je venais déjà de dire.

Tous ces discours, qui, d'enjoués, étaient devenus à la fin tout-à-fait sérieux , furent interrompus, parce que, la reine, sortant de sa chambre pour entrer dans le cabinet , le roi se leva de table pour aller au-devant d'elle, en lui disant , du plus loin qu'il la vit : « Hé bien ! ma mie , ne vous « ai- je pas envoyé de bons melons, de bons perce dreauxet de bonnes cailles? Si vous aviez eu « aussi bon appétit que moi, vous auriez fait « bonne chère, car je n'ai jamais tant mangé, ni « été en aussi bonne humeur que je le suis; de* « mandez-le à Rosny , il vous en dira le sujet, et « vous contera. toutes les nouvelles que j'ai reçues « et les discours que nous avons tenus. » L# reine, qui se trouva aussi dans une situation d'esprit agréable, lui répondit que , poûr contribuer de son côté à diventir sa majesté, elle lui avait fait préparer un ballet et une comédie de son invention; le ballet représentant les félicités de l'âge d'or, T et la comédie les amusemens différons des quatre saisons de l'année. « Je ne dis pas , ajou- « ta-t-elle , que je n'ai pas eu un peu d'aide , car « Duret et La Clavelje n'ont bougé tout ce matin

« d'avec moi , pendant que vous avez été à la chasse. <c Que je suis aise, ma mie, lui dit Henri, de vous « voir de cette humeur ! je vous prie , vivons tou- « jours de même. » Il fut question de voir ensuite les dessins des tapisseries de Fourcy; le roi demanda l'avis de la reine, et dit , en se tournant de mon côté, qu'il savait déjà le mien de reste, mais que je montrasse à la princesse et à lui mes sommaires d'états.

Il y en avait trois , c'est-à-dire autant que d'états généraux; c'était une simple idée générale de ce grand travail. Dans le premier, qui regardait la surintendance des bâtimens et fortifications , le roi vit ce que renfermait l'état général. i° Un mémoire de toutes les fortifications faites à ses places frontières, depuis que j'en avais la direction ; i° de tous les bâtimens et maisons royales ; 3° de tous les meubles , tapisseries , vaisselles d'or et d'argent, joyaux et pierreries que je lui avais amassés. Le second sommaire, qui appartenait à la finance , indiquait des mémoires : i° des changemens et améliorations que j'avais faits dans toutes les différentes parties des finances et des revenus de sa majesté ; a° de toutes les espèces d'or et d'argent actuellement dans le trésor royal ; 3° des ménagemens qui me restaient à faire, et des sommes que j'espérais joindre aux premières. Enfin le troisième sommaire, qui était

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