‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 241 sur 245 · LIVRE VINGT-TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIEME

« leroi que les Espagnols et les Flamands sont éga- <* lement réduits à un tel point de faiblesse, qu'ils « seront bientôt contraints d'entendre à une paix « ou à une trêve, dont il faudra de nécessité que « je sois le médiateur et le protecteur; ce sera <( pour commencer à me rendre le conciliateur « de tous les différends entre les princes chrétiens; « et pour surcroît de satisfaction , ajouta sa ma- « jcsté d'un air enjoué, me voilà à table, environné « de ces gens que voyez (elle avait à ses cotés du « Laurens, du Perron le jeune, Gutron , des Yve- « teaux, Ghaumont, et les pères Gotton et Court thier) , de l'affection desquels je suis très-assuré, « et que vous jugez capables de nr entretenir d(ï « discours utiles et agréables, qui empêcheront « qu'on ne me parle d'affaires , jusqu'à ce que j'aie « achevé de dîner; car alors j'écouterai tout le « monde, et je les contenterai , si raison et justice « le peuvent faire. »

Je compris par quelques autres paroles de sa majesté que les assistait* avaient fait tomber la conversation sur sa personne, et qu'ils l'avaient également loué sur ses grandes qualités, et félicité sur ses prospérités. Je répondis qu'on aurait trouve difficilement de meilleurs juges. « Je ne laisserai « pourtant pas passer, reprit le roi , tout ce qu'ils « m'ont dit sans y contredire quelque chose. » Il avoua que toutes leurs louanges ne Tempe-

5a6 MÉMOIRES DE SULLY.

chaient pas de bien sentir qu'il avait ses défauts ; et quant aux complimens sur ses bonheurs , ii leur dit que, s'ils avaient toujours été près de sa personne depuis la mort du roi son père, ils auraient vu qu'il en fallait bien rabattre , et que ses méchans raomens avaient bien, passé les bons. Sur quoi Henri fit sa réflexion ordinaire, qu'il n'avait pas encore tant souffert de ses ennemis déclarés que de l'ingratitude et de l'abandon de plusieurs de ceux qui se disaient ou ses amis et alliés, ou ses sujets et serviteurs. Le jeune du Perron , qui trouva dans ces paroles ample matière à son éloquence , se mit à traiter ce point en théologien , en prédicateur , et même en mystique. « Vous avez parlé là d'un style si haut, lui a dis-je lorsqu'il eut fini , qu'il serait difficile d'y « rien ajouter. » Je lui soutins, ainsi qu'à ces messieurs, conformément à ce. que venait de dire sa majesté, ou plutôt ^à ce que j'avais vu moimême, qu'à tout prendre, ce prince, avait bien moins goûté de repos pendant la paix qu'il n'avait fait au milieu des troubles et des alarmes de la guerre. « Rosny, si vous* vouliez, me dit le « roi , mettre sur tout cela deux mots par écrit, a et me les donner, je les ferais voir à ceux qui « en font les incrédules. » Je répondis que cela demandait bien du temps , et ne serait pas vu de bon œil de tout le monde. J'ajoutai à cela, autant

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