‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 244 sur 245 · IV · texte numérisé non relu

IV

dant le nouveau terse1 veuu de Savoie ; ce qui fit croire que ce siège serait fort douteux, et tirerait du moins en longueur; Spinola en eut cette opinion , et le roi conjectura que Rhimberg ne se rendrait pas, du moins avant le %o octobre; cependant la place capitula dans les premiers jours de ce mois. S'il en faut croire le courrier que Spinola lit partir le lendemain de la reddition, pour en porter la nouvelle à Madrid, et qui passa par Paris, les assiégés n'avaient plus que six tonnes de {coudre ; mais , pour dire le vrai, les États ne se montrèrent pas en cette occasion tels qu'on les avait vus les années précédentes. Ils étaient alors véritablement rebutés et ennuyés de la guerre , et la garnison de Rhimberg, laissée par le sénat sur sa bonne foi , se contenta d'avoir obtenu qu'elle sortirait avec toutes les marques d'honneur , comme d'emmener son canon, etc. Elle chercha pourtant à faire tomber la faute sur le prince d'Orange , qu'elle accusa de n'avoir voulu ni secourir la place ni inquiéter l'armée espagnole. Ce reproche n'était pas sans fondement. La réputation de Maurice souffrit de l'inaction où on le vit pendant tout ce siège et la campagne entière.

Au reste, on cessera d'en être surpris lorsqu'on

' Le terme de terse qui est employé en deux ou trois endroits des mémoires de Sully, y signifie an bataillon, ou un nombre de compagnies de gens de pied réunies en un corps.

LrVRE VINGT-TROISIÈME. 53 I

saura que les Provinces-Unies étaient réduites à un point de faiblesse qui ne pouvait aller plus loin. Toutes les lettres de Buzenval et de Berny 1 en faisaient foi, et les nouvelles publiques n'ajoutaient rien à cet égard h la vérité. Il n'est pas moins vrai que l'Espagne, de son côté, n'était pas plus en état de se prévaloir de cet épuisement. Les sièges distende et de l'Écluse avaient fait des deux parts une blessure que rien n'avait pu fermer. Aussi parlaiton publiquement de la paix dans toute la Flandre, et ceux qui s'y étaient montrés jusque là les plus opposés se trouvaient, à leur étonnemënt, entraînés eux-mêmes à ce sentiment. On commença à ne plus solliciter aussi fortement les secours du roi de France , ni à estimer ses promesses , ce qu'on faisait auparavant ; et je suis persuadé que le souvenir encore récent de toutes les obligations qu'on avait à sa majesté fut une des principales causes du retardement de la paix ou de la trêve , qui, saris cette considération, aurait peut-être été conclue dès cette année ; à quoi contribuait encore la mésintelligence entre le prince d'Orange et Barneveld , qui entretenait la division dans le conseil des Etats; le premier ne voulant pas entendre parler de paix, et l'autre ne cessant point de déclamer contre la guerre. Cette mésintelligence faisait encore qu'on ne savait trop dans

' Matthieu Brulard, sieur de Berny.

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le conseil de France à quoi se résoudre sur les affaires de la Flandre, parce qu'on ne pouvait servir Tune des factions à son gré sans desservir l'autre.

Buzenval revint au mois de décembre à Paris , chargé de faire plusieurs propositions, sur lesquelles sa majesté ne voyant pas bien clair , elle l'envoya conférer avec moi à l'Arsenal , où j'étais alors obligé de garder la chambre. J'avoue que mon embarras ne fut pas moindre que celui de sa majesté. Je voyais bien que , si l'on avait quelque résolution à prendre au sujet de la paix entre l'Espagne et les Provinces-Unies, dont toutes les nouvelles publiques faisaient bruit, c'était alors qu'il le fallait faire ; mais comment se comporter, et que répondre à des gens sans force, sans union entre eux , et si dépourvus de conseil, que , n'ayant pu apparemment convenir de députés auprès de sa majesté , c'était notre agent lui-même qui était obligé de leur en servir ? Engager ces provinces à embrasser la domination française, et alors faire de leur affaire la nôtre propre ? mais c'eût été se jeter de gaîté de cœur dans une guerre avec toute la maison d'Autriche, dont l'événement était d'autant plus douteux, que les pays dont il aurait fallu se mettre en possession sont éloignés du nôtre ; que nous n'avions encore aucun des préparatifs nécessaires pour traverser des terres ennemies , ni de

vaisseaux pour y aborder par la mer , que ceux des États eux-mêmes. Se contenter de recevoir d'eux certain nombre de villes, ou en otage, ou en propriété, pour dédommagement de nos avances, comme l'offrait Buzenval de leur part ? ce parti a tous les mêmes inconvéniens que le premier , sans en avoir les avantages. C'était outre cela de nombreuses garnisons à entretenir, parce que ces villes auraient été sans doute des places frontières , et dans lesquelles les Flamands nous auraient vus presque d'aussi mauvais œil que les Espagnols eux-mêmes, comme l'Angleterre nous en fournissait un exemple tout récent. De quelque manière

qu'on déguise tout parti qui nous eût mis en guerre avec l'Espagne, il nous l'aurait aussi immanquablement attirée avec l'Angleterre, d'abord que nous aurions paru vouloir mettre le pied et nous faire un établissement dans les Pays-Bas. Pour n'avoir rien à craindre ni des uns ni des autres , il fallait que notre coup d'essai nous assurât d'emblée l'empire de la mer contre les Espagnols, et , dans une nécessité , contre les Anglais. Je crois bien , j'aurais même engagé ma tète, qu'alors, n'ayant plus à attaquer ni à défendre, que du coté de la Meuse , les Pays-Bas étaient perdus pour l'Espagne ; mais quelles dépenses et quels efforts pour en venir là! Je suis encore persuadé que nous pouvions, sans donner de l'ombrage a nos voi-

sins, et sans nous attirer de la part de l'Espagne que des plaintes et des murmures , continuer à favoriser ouvertement les États , comme nous avions fait jusqu'à présent; mais, outre que les dépenses que nous faisions p >our eux devaient nécessairement augmenter dans la même proportion que leur pouvoir et leur force diminuaient , tout l'avantage que nous en pouvions espérer était de retarder simplement la paix de quelques années. Dans l'état où étaient les choses , il n'y avait poinj d'alternative entre un accommodement des Provinces-Unies avec l'Espagne , et la guerre de l'Espagne avec nous. Quant à cet accommodement, il y avait encore deux partis à prendre pour nous, qu'il se fit sans nous, ou que nous parussions en être les médiateurs. Le second était le seul raisonnable , et l'on y vint à la fin ; mais le roi était encore assez éloigné, au temps dont je parle, de goûter ce trait cle politique; et, en un sens , c'était celui de tous les partis qui souffrait le plus de difficultés.

Ce furent là à peu près les réflexions que je fis faire au roi , qui voulait savoir mon avis sur le sujet de la députation de Buzenval. Je les" tnts par écrit, parce que je ne pouvais aller trouver sa majesté. Ce n'était pas tout-à-fait ma faute si elles n'indiquaient rien de bien positif. De part et d'autre, on laissa au temps le soin de mûrir toutes

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