LIVRE DIX-SEPTIÈME
f à le fâcher. Il ajouta seulement qu'elle lui avait fait voir en toute occasion une haine si forte contre ? ses enfans naturels , quoique nés avant qu'elle fut
venue en France, qu'assurément elle n'en reviendrait point. Il s'étendit sur le peu de gratitude ^ qu'elle avait toujours montré , tant pour ses bons traitemens, que pour l'attention qu'il avait à la prévenir dans tous les besoins qu'elle pouvait avoir d'argent , quoiqu'il n'ignorât pas qu'elle ne
• le recevait que pour le répandre sur la Léonor et son mari , et sur quelques antres qui lui donnaient Us plus mauvais conseils. Il me prit à témoin , que jamais reine de France n'avait reçu tant de libéralités ; et il est vrai que j'avais été le premier à les favoriser , et à les faire solliciter par mon épouse, en quoi je n'agissais uniquement qu'en vue de la paix, qui s'achète souvent parce moyen, et toujours par l'ordre même du roi. De la manière dont ce prince s'emporta contre Conchini et sa femme, qu'il traita de créatures de l'Espagne et d'espions du duc de Florence , personne n'aurait certainement voulu être en la place de ces deux Italiens; mais Henri s'en tint à se reprocher à luimême de n'avoir pas suivi le conseil que j'avais pris la liberté de lui donner, lorsque la reine vint en France, d'empêcher toute cette race italienne de passer les monts avec elle.
La conclusion de tout ce long discours fut la iv. 5
même que du précédent, qu'il fallait que je tentasse, par les voies les plus douces, d'amener la reine à condescendre à tous les désirs du roi , et sans qu'elle pût soupçonner que j'agisse par des ordres supérieurs. Henri m'en pria et me le recommanda avec toutes sortes d'instances, en disant qu'il ne doutait pas que je n'y réussisse. Il se rappela une occasion semblable où j'avais gagné sur cette princesse qu'elle écrirait au roi son ma-' i f une lettre à laquelle aucun de ceux qui s'en étaient mêlés n'avait pu la résoudre.