LIVRE DIX-SEPTIBMK
ou proférer contre sa majesté. Je représentai à ce prince, qu'il ne lui en coûterait, pour assurer sa tranquillité, que la plus petite partie de ce courage et de cette force d'esprit dont il avait donné tant de preuves dans des occasions d'une tout autre conséquence; que sa réputation souffrait d'une faiblesse presque incompréhensible dans un si grand prince. Je lui fis voir que tout souverain peut, sans tyrannie, et par le seul droit de la place qu'il occupe , exiger de ses sujets et de ses courtisans, aussi-bien pour sa personne que pour soh état, l'obéissance nécessaire à tenir tout dans la subordination et le respect, et qu'il n'est nullement blâmable de châtier rigoureusement ceux qui se mêlent de troubler le repos de sa maison. Aux représentations je joignis les prières. Je conjurai Henri, à mains jointes et les larmes aux yeux, d'essayer l'usage de son autorité. L'état où je le voyais excitaît toute ma sensibilité.
Il est certain que ce prince n'avait que ce parti à prendre, et je n'ai jamais bien compris pourquoi il y répugnait si fort. Il se souvint des conseils que je lui avais donnés à Blois; et la différence qu'il y trouvait avec ceux que je voulais lui faire suivre en ce moment lui donnant une espèce d'avantage sur moi, il me fil entendre avec quelque sorte de satisfaction que j'étais peutrêtre autant que lui la cause de tout ce qui arrivait. Mais
cette différence , à bien l'examiner , n'avait rie» de réel, et lorsque je détournai sa majesté de rej courir à une voie dont les suites pouvaient être *
fort dangereuses ( c'est tout ce que je puis dire sans trahir le secret que je lui vouai alors) , j'étais bien éloigné d'exclure des moyens si faciles et si peu violens qu'on ne les blâmerait pas dans un simple père de famille, pour la tranquillité de son domestique. Aussi Henri fut-il réduit à me dire que si je le connaissais , je verrais qu'il lui était impossible d'user de la moindre rigueur envers l des personnes qu'il avait accoutumées à \ïxve
| familièrement avec lui, et surtout envers une
femme.
Il ne me restait plus qu'à lui dire qu'il chassât donc sa maîtresse, qu'il donnât toute sorte de satisfaction à son épouse. Il me prévint encore , en me disant qu'il était prêt, s'il le fallait, d'ôter à la reine tout ombrage, pourvu qu'il fût assuré de la trouver après ce sacrifice telle qu'il la souhaitait; mais qu'il prévoyait qu'il se gênerait le reste de sa vie, sans la corriger, parce que cette princesse, en croyant suivre les mouvemens de la raison , ne suivait en effet que ceux de sa bile. Pour me le prouver, Henri rentra dans une longue énumération des défauts de la reine, dans laquelle ; il ne me répéta presque que ce qu'il m'avait déjà
dit sur le plaisir qu'elle trouvait à le contrarier et