LIVRE DIX-HUITIEME
favoris. Un tempérament fort singulier, que ce prince crut pouvoir apporter en réfléchissant sur ma proposition, fut de faire consentir cette princesse elle-même à ce que je lui conseillais. Il s'y arrêta comme si la chose eût été possible, et il voulut encore que je m'employasse de toutes mes for^s à opérer ce miracle, en me promettant que, • *\ si je réussissais , il renonçait dès ce moment à toutes ses amourettes. Voilà la nouvelle commission que je reçus de ce prince, qui me laissa mé- ^ âditer, dit-il, sur les moyens d'y réussir, et continua seul sa promenade dans le jardin , la pluie s'étant passée pendant notre entretien.
Je ne débutai pas auprès de la reine par lui demander de prime-abord un consentement que je ne la voyais pas disposée à donner. Je crus que, si l'on pouvait trouver le moment favorable pour l'obtenir, ce ne serait qu'à la faveur d'un parfait raccommodement entre leurs majestés. J'y travaillai avec tant d'assiduité, que je les remis enfin dans la meilleure intelligence où elles eussent jamais été. On convint d'oublier le passé et de fermer à l'avenir l'oreille à tous les délateurs. Ce calme dura trois semaines, et, pendant ce temps-là, la cour fut pleine de joie et de divertissemens; mais de nouveaux stratagèmes de la marquise de Verneuil ayant ensuite produit leur effet ordinaire auprès de la reine, par le moyen des mauvais
rapports , tontes ces bonnes résolutions s'évanouirent encore, et il fallut revenir à tenter, comme une dernière ressource, l'expédient que le foi avait proposé. v „
On peut juger de quel air la reine reçut la proposition de renvoyer, avec quelque sorte de honte, les personnes de sa maison qu'elle aimait le plus, f ,< Je m'y étais bien attendu; et je n'avais rien espéré que de mon opiniâtreté à revenir souvent à la charge; mais cette princesse fut toujours inflexible; et, pour tout dire, Henri tenait si maL ^ de son côté , la parole qu'il m'avait donnée de payer ce sacrifice par celui de tout autre attachement qu'à son épouse, qu'elle tirait de là ses meilleures raisons pour ne pas se rendre aux miennes.
Ce que j'avais prévu arriva. La reine, aigrie par ceux que j'attaquais directement, commença à me chercher querelle à moi-même. Elle se plaignit que je ne lui avais pas tenu parole, comme s'il avait été en mon pouvoir de séparer Henri de sa maîtresse; mais je ne manquai pas de lui faire remarquer qu'elle tenait bien plus mal la sienne, et que, par un caractère de froideur et d'antipathie, que tant de récidives faisaient regarder au roi comme incorrigible, elle était elle-même la cause du mal qu'elle m'imputait. Je lui citai madame de Guise , comme un exemple qu'elle aurait