‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 39 sur 245 · LIVRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-HUITIÈME

en Angleterre, par un homme de confiance nommé Durand, qui cherchait avec soin tous les moyens de détacher sa majesté britannique du parti de Henri. Cet homme, qui se faisait appeler à Londres M. de Haute-Fontaine, se montra si bon valet, que le roi demeura persuadé avec tout le monde qu'il en avait beaucoup plus fait qu'on ne lui en avait enjoint; car il fut avéré qu'il avait traité des conditions de l'établissement de son maître en Angleterre, où il voulait le faire naturaliser. Si cette idée n'est pas de Durand seul, elle ne peut être partie que de la duchesse de Rohan la mère. Il est encore certain que le duc de Rohan fît présenter de sa part au roi d'Angleterre , par ce Durand, un cheval de prix; ce qui, dans la conjoncture présente, ne lui était nullement permis, sans l'aveu de sa majesté.

Celui de tous qui méritait le plus d'être éclairé, était le comte d'Auvergne, dont les liaisons avec l'Espagne n'étaient presque plus ignorées de personne. Il était alors en Auvergne, où il ne s'endormait ni sur la cause commune ni sur la sienne. Il avait fait servir à ses desseins la promesse de mariage faite par le roi à la marquise de Verneuil, sa sœur1 ; et en y joignant un conte sur lui-même,

* Les historiens ne disent rien de bien positif sur la teneur du traité fait par le comte d'Auvergne avec le conseil d'Espagne ; mais Àmelot de La Houssaye va suppléer à cet article.

encore plus ridicule que cette pièce, mais qui avait pourtant trouvé des gens assez crédules en Espagne pour traiter l'un et l'autre sérieusement; il est certain qu'il s'y était acquis une fort grande

Il est d'autant plus croyable, que, comme il nous l'apprend, c'est à son bisaïeul maternel, nommé Antoine-Eugène Chevillard, trésorier-général de la gendarmerie de France, que le comte d'Auvergne et la marquise de Verneuil confièrent l'original de ce traité, comme à leur parent et intime ami. Il nous apprend encore que Chevillard, ayant été enveloppé dans la disgrâce du comte d'Auvergne et mis à la Bastille, y tint si bien caché dans la basque de son pourpoint cet original de traité, que personne n'en eut connaissance, et que, voyant qu'on le traitait en criminel d'état, il s'avisa de manger peu à peu, avec la soupe et la viande qu'on lui servait à ses repas, le traité et la ratification de l'Espagne qui y était jointe. Le roi d'Espagne y promettait au comte d'Auvergne de l'assister de troupes et d'argent, pour mettre sur le trône Henri de Bourbon, son neveu : c'est le fils que Henri IV avait eu de la marquise de Verneuil , et qui est appelé dans cet écrit dauphin de France, et héritier légitime de la couronne. (Art. Entragues- Balsac, Touche t.) Amelot de La Houssaye assure de plus, note sur les lettres du cardinal d'Ossat, ci-dessus, que deux capucins, nommés le père Hilaire, de Grenoble, et le père Archange, l'un à Paris, et l'autre à Rome, conduisaient cette conspiration.

Sully semble insinuer encore quelque chose de plus en faveur du comte d'Auvergne personnellement. Ce comte auraitil supposé quelque pièce ou quelque disposition de Charles IX, son père, en vertu de laquelle il eût prétendu lui-même à la couronne ? Voyez aussi sur ce sujet les Mémoires de la vie du président de Thou, e^ surtout son histoire, année i6o5. Mérn. recoud, di Fit t. Si ri. vol. i, p. 297.

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