LIVRE DIX-HUITIEME
pouiller Marguerite. Elle manquait de la principale pièce qui pouvait justifier son droit. Le roi interposa son autorité pour lui en faire donner communication , et pour lui faire rendre la justice qui lui était due.
Marguerite garda cette conduite de droiture et de désintéressement le reste de sa vie. On ne. s'aperçut jamais qu'elle eût appartenu de si près au roi. Je la louerais davantage, si je ne craignais de me^faire accuser de partialité à son égard. On sait , quel intérêt la bonté de cette princesse lui a toujours fait prendre à ma situation et à ma fortune. Les lettres qu'elle m'écrivait sont comme celles qu'on écrit à un véritable et solide ami : « Vous « êtes toujours, c'est ainsi qu'elle s'y exprimait, « mon recours, et, après Dieu , l'appui sur lequel « je fais le plus de fond. »
Passons à d'autres sujets d'inquiétude qu'une cabale séditieuse donna au roi pendant cette année ; madame de Verneuil y trouvera encore sa place. Sans répéter éternellement les noms des ducs de Bouillon , de La Trimouille et de Rohan, du comte d'Auvergne , de d'Entragues et de sa femme , de Duplessis , etc. , on voit bien que c'est de toutes ces personnes-là que je veux parler. Le même esprit qui les avait conduits dans les menées qu'ils avaient fait faire au parti protestant dans le synode de Gap dirigeait encore toutes leurs entre-
prises, et leur faisait mettre en oeuvre tout ce qu'ils jugeaient propre soit à soulever les sujets du roi, soit à lui susciter de nouveaux ennemis au-dehors. On aurait de la peine à croire combien le mensonge et la calomnie répandirent et autorisèrent de bruits injurieux à ce prince , et combien il se tramait de complots contre le gouvernement, sous l'autorité de ces cbefs.
Sa majesté, en m'envoyant à Paris par d'Escures un avis qu'elle venait de recevoir à SâHnt- Germain-en-Laye , me mandait que , quoique je n'eusse pas déjà trop bonne opinion de tout ce corps , j'aurais de la peine à croire ce qu'elle m'en écrivait. Je ne puis m'empêcher de dire que les protestans agissaient en France de manière à n'être pas plaints , si quelque jour ils y recevaient un châtiment un peu sévère. Ils se vantaient presque hautement d'obliger sa majesté nonseulement à recevoir le duc de Bouillon dans son royaume, mais encore à le revêtir des honneurs et des emplois dignes d'un chef de la religion. Duplessis, l'âme de ce corps, ne leur inspirait point d'autre pensée. La Trimouille avait préparé ses créatures à tout entreprendre, en leur persuadant qu'on était sur le point de voir arriver en France la révolution la plus surprenante, pendant que le duc de Rfchan se chargeait de donner cours à ce bruit dans les pays étrangers , surtout