‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 58 sur 245 · LIVRE DIX-HUITIÈMH. l3l · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-HUITIÈMH. l3l

reprendrons au commencement de l'année prochaine, pour en voir la fin, après que nous aurons

un endroit de la prairie qu'il lui désigna, et où il promit de se trouver déguisé. D'Entragues feignait de ne rien voir de tout cela; mais, n'ayant pu s'empêcher de communiquer, ou de laisser soupçonner à sa fille quelque chose de son dessein, soit qu'elle aimât le roi, soit qu'elle craignît les suites, elle rompit la partie, et prit d'autres précautions contre les dangers auxquels Henri se voyait exposé a son occasion. Ce prince, que tant d'obstacles rebutèrent aussi de son côté, se renflarama pour la marquise de Verneuil , et si nous en croyons Sili, il courut souvent les mêmes risques avec elle. Un jour, entre autres, qu'il était parti déguisé de Fontainebleau pour aller la voir à Verneuil , il pensa tomber entre les mains de quinze ou seize des parens de d'Entragues, qui l'attendaient dans la campagne pour l'assassiner, et il n'échappa que par un insigne bonheur. Mais ces circonstances, qu'on ne trouve dans aucun des bons mémoires de ce temps-là, ressemblent bien à ces traits dont un étranger croit pouvoir, sur la foi de quelques bruits populaires, égayer son sujet.

Celle de ses maîtresses que Henri IV a célébrée sous le nom de Lise est, suivant les apparences, cette même mademoiselle d'Entragues dont il vient d'être parlé ; et nous avons encore l'original de quelques-unes des pièces de vers qu'il lui envoyait, entre autres d'un sonnet, dont je ne rapporterai que les quatre premiers vers :

Je ne sais par où commencer A louer votre grande beauté; Car il n'est rien, ni n'a été Que vous ne puissiez effacer, etc.

Le reste est sur le même ton. Quoiqu'il soit marqué à la tète de ce sonnet, qui est écrit de la propre main de Henri IV, qu'il a été fait par Colin , poète dont ce prince employait en

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ajouté pour celle-ci quelques autres détails tout différens de ceux qu'on vient de voir.

effet assez volontiers la main pour les ouvrages de cette espèce, il n'y a dans ces pièces ni assez de correction, ni assez de poésie, pour qu'on ne puisse pas croire que c'était Henri lui-même qui les composait, ou du moins qu'il y mettait la main. Cabinet du duc de Sully.

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