LIVRE DIX-HUITIEME
aut nihil, m'écrivait-il dans une de ses lettres. Que de contrastes étranges et bizarres! Il était convaincu que la marquise de Verneuil n'avait recours à l'affectation de la dévotion que pour couvrir son libertinage, et cette conviction perçait son cœur de mille traits cruels et insupportables; mais il n'en sentait pas moins vivement cette pointe, ce ragoût , que donne à un cœur dépravé l'envie de triompher d'une dévotion véritable.
fine des bizarreries qui m'a toujours le plus frappé et le plus fait désespérer de pouvoir guérir ce prince , c'est de voir que dans ces raomens où il semblait ne plus conserver de ménagemens dans tout ce qu'il disait de sa maîtresse, ce qu'il écrivait pour lui être montré était toujours fort différent. J'ai remarqué la même chose dans la marquise, mais avec moins de surprise, soit que, dans leur plus grande colère, ces amans ne pussent s'empêcher de compter toujours un peu sur le cœur l'un de l'autre, et que leur intelligence se conservât, en quelque manière, sans qu'ils s'en aperçussent eux-mêmes; soit que le prince, ingénieux à s'avilir, eût donné dès long-temps auparavant à sa maîtresse des armes contre lui , dont il ne voulait pas l'obliger à se servir en la poussant à bout; soit enfin, et c'est le jugement le moins désavantageux encore qu'on puisse porter de ce îv. 9
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prince, qu'il se fut passé entre eux des choses secrètes sur lesquelles Henri, par peine ou par honte, ne pouvait se résoudre à s'expliquer avec moi ni avec personne.
J'ai mis de suite tout ce qui appartient au sujet que je viens de traiter, quoiqu'une partie des^ faits ^ qu'on a vus, comme la prise du comte d'Auvergne et le procès fait à sa famille, ne soit arrivée que vers la fin de l'année, afin de n'être pas obligé d'en couper trop souvent la narration T. Nous la
• Je joins ici une anecdote de Vittorio Siri , qui regarde , ^v et les amours de Henri IV, et la conspiration du comte d'Auvergne. Cet écrivain avance (Mém. recoud, vol. i, p. 297) qu'un des points de la conjuration était de se saisir de la personne du roi, et de lui ôter la vie dans une embuscade, et que d'Entragues, qui s'était chargé d'exécuter ce projet, songea à y faire servir l'amour qu'il s'était aperçu que ce prince avait pris depuis quelque temps pour sa seconde fille, qu'on nous représente comme beaucoup plus belle que sa sœur. Il envoya donc sa femme l'enlever de Fontainebleau , ne doutant point que le roi ne s'exposât à tout pour venir la voir à Malcsherbes, qui n'est qu'à trois lieues de cette maison royale. En effet, Henri envoya d'abord à mademoiselle d'Entragues messages sur messages, par des courtisans déguisés en paysans, auxquels elle répondit qu'elle était observée de si près, qu'il n'y avait aucune apparence qu'elle pût voir le roi. Il ne laissa pas d'y aller lui-même, accompagné du maréchal deBassompierre; et n'osant entrer, de peur d'être reconnu, il se contenta de lui parler à travers la fenêtre d'une salle basse. Il lui écrivait tous les jours, et lui envoyait des vers gai ans, qu'il faisait composer par les meilleurs poètes de sa cour. Enfin il convint avec elle, qu'un certain jour ils se verraient en liberté dans